Biographie de Victor Hugo

 

victor_hugo_1853« Que reste-t-il de la vie, excepté d’avoir aimé ? »

 

Victor Hugo est né le 26 février 1802, à Besançon. Il est le dernier fils d’un général d’Empire, le comte Léopold Hugo. Sa mère, née Sophie Trébuchet, élève seule ses trois enfants à Paris, son mari s’éloignant au gré de ses obligations militaires, en Corse puis à l’île d’Elbe en 1803. Victor et ses frères passent leur enfance à lire et à se cultiver grâce aux bons soins maternels, notamment au parc des Feuillantines près duquel la famille Hugo s’est installée au mois de mai 1809. Celle-ci doit cependant quitter la France et suivre en Italie en 1808 le comte Léopold Hugo, nommé gouverneur d’Avellino par le roi Joseph Bonaparte, puis en Espagne en 1811.

Avec la chute de l’Empire, Léopold Hugo est de retour à Paris. Victor et son frère Eugène sont alors retirés à leur mère, séparée de fait depuis quelques années d’avec son mari, et placés à la pension Cordier. Selon les vœux paternels, ils se destinent à intégrer l’École Polytechnique. En 1816, Victor entre ainsi au Lycée Louis le Grand, délaissant parfois ses études pour rédiger des vers. Il obtient en 1818 une distinction en sciences physiques au Concours général. La même année, une procédure de divorce prononce enfin la séparation de corps et de biens des époux Hugo.

Encouragé par sa mère chez laquelle il peut enfin résider, Victor s’adonne alors aux lettres avec l’ambition de réussir. « Je serai Chateaubriand ou rien« , écrit-il à l’âge de quatorze ans sur un cahier d’écolier. En 1817, il reçoit les encouragements de l’Académie Française, qui a remarqué l’un de ses poèmes. En 1819, le Lys d’or lui est décerné pour la rédaction d’une ode d’inspiration royaliste : le jeune homme milite pour le rétablissement de la statue d’Henri IV… Ce prix est la plus haute récompense décernée par l’Académie des Jeux floraux de Toulouse.

Au mois de juin 1822, Victor Hugo publie son premier volume intitulé « Odes et Poésies diverses ». Cette œuvre le fait remarquer des cercles royalistes. Louis XVIII lui attribue une pension de mille francs, obtenue à la demande de la duchesse de Berry. Les années qui suivent sont très prolifiques pour l’écrivain. Les recueils de poèmes, « Nouvelles Odes » en 1824, « Ballades » en 1826, ainsi que les romans, « Han d’Islande » en 1823 et « Bug Jargal » en 1826 se succèdent. Charles X, le nouveau souverain, le fait chevalier de la Légion d’honneur en 1825, alors qu’il n’est âgé que de vingt-trois ans. La même année, l’écrivain pensionné et membre de la Société royale des bonnes lettres, assiste d’ailleurs au sacre du roi, qui a lieu le 29 mai en la cathédrale de Reims. Une ode rédigée pour l’occasion par le poète, chantre de l’alliance du trône et de l’autel, lui vaut un service de table en Sèvres ainsi qu’une entrevue avec le nouveau monarque.

Après le décès de sa mère hostile au projet de son fils, Hugo se marie le 12 octobre 1822 à Adèle Foucher, une amie d’enfance dont il s’est épris. L’écrivain est bientôt le père de quatre enfants. Se consacrant à son travail d’homme de Lettres, il se détourne peu à peu de ses obligations familiales et conjugales, s’éloignant de sa femme. Celle-ci se lie alors à son ami Charles Augustin de Sainte-Beuve, qui devient davantage qu’un consolateur amical auprès de la jeune épouse, à partir de 1830. Quelques années plus tard, en 1833, l’écrivain fait la connaissance de Juliette Drouet, une comédienne du Théâtre de la Porte Saint-Martin qu’il ne quittera plus.

« Poète du parti ultra » suivant le mot de Stendhal, ses convictions politiques évoluent au cours de ces années. Dès 1824, il fréquente le salon de Charles Nodier, à l’Arsenal où celui-ci est bibliothécaire, et se rapproche de l’opposition libérale. La mort de son père en 1828 réveille également son intérêt pour le passé napoléonien dont il découvre la grandeur. L’écrivain se prononcera d’ailleurs en faveur du retour en France de Louis-Napoléon Bonaparte, en d’autres temps, en 1847. Au mois de février 1827, le poète compose son ode « A la Colonne de la place Vendôme », un monument symbole de la gloire de l’Empereur des Français, fondu dans le bronze des canons pris aux armées prussiennes en 1806. Le 13 août 1829, Charles X fait interdire la représentation de sa pièce de théâtre « Marion Delorme » pour atteinte à la majesté royale. Victor Hugo refuse l’offre d’une pension royale de quatre mille francs, qui est censée le dédommager, et rompt alors avec le régime en place.

Son œuvre littéraire évolue également. Le drame de « Cromwell » en 1827 puis le recueil des « Orientales » au mois de janvier 1829 et leurs retentissantes préfaces en dessinent la nouvelle orientation. L’écrivain réclame d’avantage de liberté dans l’art et dans la création. Ceci est le prétexte de la bataille littéraire qui accueille la représentation du drame « Hernani », dont la première a lieu le 25 février 1830 au Théâtre-Français. Victor Hugo se présente alors comme le chef de file de la jeune génération romantique en animant le Cénacle, un cercle qui se réunit dans son appartement de la rue Notre Dame des Champs où se rencontrent les écrivains et les artistes de la jeune génération romantique. Parmi ceux-ci : Alfred de Vigny, Alfred de Musset, Gérard de Nerval, Eugène Delacroix… Le 23 novembre 1832, la censure royale s’exerce de nouveau à propos de sa nouvelle pièce de théâtre, « Le Roi s’amuse », représentée la veille sur la scène du Théâtre-Français.

Hugo est désormais un auteur à succès et s’illustre avec les poèmes publiés dans « Les Feuilles d’automne » en novembre 1831, « Les Chants du crépuscule » en 1835, « Les Voix intérieures » au mois de juin 1837 ainsi que dans « Les Rayons et les Ombres » en 1840. Ces recueils d’inspiration lyrique lui permettent de rivaliser auprès du public avec Alphonse de Lamartine, tandis que les représentations au théâtre de ses drames comme « Lucrèce Borgia », dont la première a lieu le 2 février 1833 à la Porte Saint-Martin, ou « Ruy Blas », en 1838 et avec Frédérick Lemaître dans le rôle titre, lui assurent de confortables revenus. Victor Hugo montre également ses préoccupations humanitaires dans « Le Dernier Jour d’un condamné » au mois de février 1829, puis « Claude Gueux » en juillet 1834, où il se fait le défenseur de l’abolition de la peine de mort. Une voix puissante et inspirée, mais trop isolée dans le siècle. Un nouveau roman, « Notre-Dame de Paris », publié le 16 mars 1831, connaît également un grand succès d’édition. Ce drame passionnel qui se noue autour de la personne d’Esméralda, cette redécouverte d’un passé médiéval mythifié et placé en toile de fond en font l’une des œuvres emblématiques du mouvement romantique. Le 7 janvier 1841, Hugo est enfin élu à l’Académie Française, après quatre échecs retentissants. C’est pour l’écrivain la consécration de sa gloire littéraire.

A cette époque, Victor Hugo entreprend également quelques voyages en compagnie de Juliette Drouet. Les deux amants visitent ensemble la Bretagne et la Normandie en 1836, puis la Belgique en 1837, l’Alsace et la Provence en 1839 et enfin les bords du Rhin l’année suivante. En 1842, l’écrivain publie à cette occasion un recueil de texte intitulé « Le Rhin », des impressions de voyage étoffées de quelques réflexions de circonstances. Laissant en effet de côté les polémiques qui opposent les milieux littéraires français et allemands, ce texte se conçoit comme un véritable programme de politique étrangère pour la France de la Monarchie de Juillet. Victor Hugo est ainsi favorable à l’unité allemande, celle-ci devant selon les vues de l’écrivain se réaliser au sein d’une Europe fédérale dont l’artère serait le Rhin, un axe franco-allemand.

Grâce à ses droits d’auteur, Hugo vit désormais avec de confortables revenus. Sa nouvelle demeure, située au 6 de la Place Royale (actuelle Place des Vosges) où il s’est installé au mois d’octobre 1832, est un lieu chic et mondain. Négociant habilement la publication de ses œuvres complètes, il vit dans l’aisance. A la différence de François-René de Chateaubriand, Hugo n’éprouve aucun regret pour le régime défunt, celui de la Restauration. Répondant à une commande du nouveau gouvernement, n’a t-il pas rédigé un « Hymne aux morts de juillet » en1831, exécuté au Panthéon lors de la célébration des « Trois Glorieuses » ?

A partir de 1837, l’écrivain est l’hôte assidu du duc d’Orléans, héritier du trône. Il se rapproche ainsi de la cour et se rallie bientôt à la Monarchie de Juillet. Le 13 avril 1845, le roi Louis-Philippe Ier le nomme Pair de France ce qui lui permet alors de siéger à la Chambre. Cependant, une nouvelle liaison avec une jeune femme mariée, Léonie d’Aunet, fait scandale. Les deux amants sont en effet surpris, le 5 juillet suivant, en flagrant délit d’adultère. Le prestige du notable en est éclaboussé, la jeune femme effectuera quant à elle deux mois de détention dans l’infamante prison de Saint-Lazare.

L’année 1843 amène de profonds bouleversement dans son existence. L’échec de sa nouvelle pièce de théâtre, « Les Burgraves », et surtout le décès accidentel de sa fille aînée Léopoldine, le 4 septembre, qui se noie avec son mari dans la Seine à Villequier, le touchent profondément. Au mois de novembre 1845, celui qui est un observateur attentif de la vie du peuple lors de ses promenades parisiennes entame un nouveau roman, qui devrait s’intituler « Les Misères ». Victor Hugo noircit pendant cette période des centaines de feuilles de papier, autant de textes qui seront publiés par la suite, pendant ses années d’exil ainsi qu’au soir de sa vie.

Éloigné des problèmes politiques malgré ses fréquentations, la révolution de 1848 est pour l’écrivain une nouvelle commotion. Après avoir tenté de faire proclamer la régence de la duchesse d’Orléans, haranguant les ouvriers parisiens en armes place de la Bastille, le 24 février, il se rallie rapidement à la Seconde République. Le 2 mars suivant, Victor Hugo prononce d’ailleurs un vibrant discours Place des Vosges à l’occasion de la plantation d’un arbre de la liberté. Il appelle alors à vive voix l’avènement de la « République universelle ». Le 4 juin 1848, lors d’élection complémentaire, l’écrivain est désigné comme député de Paris à l’Assemblée Constituante puis, le 13 mai 1849, à l’Assemblée Nationale avec l’appui des conservateurs. Au Palais-Bourbon, Hugo, prenant place sur les bancs de l’Assemblée, s’installe à droite.

Au cours des « Journées de Juin » pendant lesquelles le pouvoir réprime une insurrection populaire, à l’origine de laquelle se trouve la fermeture des Ateliers nationaux, le représentant du peuple, qui avait appelé à faire disparaître ces ateliers de charité quelques jours plus tôt, fait partie des soixante délégués chargés de tenir l’Assemblée au courant de la situation. Il préside également au mois d’août de la même année le Congrès de la paix qui se tient à Paris. Victor Hugo prononce à cette occasion un discours pacifiste qui connaît un grand retentissement en Europe. Fondateur d’un journal d’opinion, « L’Événement », avec ses deux fils et avec l’aide d’Émile de Girardin le 31 juillet 1848, il fait campagne pour l’élection à la présidence de la République de Louis-Napoléon Bonaparte. L’écrivain est alors le fervent partisan d’une démocratie libérale et sociale.

Cependant la vision qu’a Victor Hugo de sa mission d’homme politique a évolué au cours des derniers mois. Si le notable est toujours aussi effrayé par la violence utilisée par les agitateurs socialistes, par Adolphe Blanqui ou Armand Barbès notamment, il montre de plus en plus ses préoccupations humanitaires, s’inquiétant de la condition du peuple. Victor Hugo rompt bientôt avec la majorité conservatrice en prononçant des discours dénonçant la misère, le 9 juillet 1849, puis critiquant la loi Falloux, le 15 janvier 1850, ainsi que le vote de restrictions à la pratique du suffrage universel, le 20 mai suivant. « L’Événement » est d’ailleurs interdit au mois de septembre 1851.

Victor Hugo participe à l’opposition républicaine par le coup d’État du 2 décembre. Avec quelques autres députés républicains, il tente de former un comité de résistance, de soulever le peuple des faubourgs de la capitale après avoir lancé un appel à l’armée. En vain. Placé le 9 janvier 1852 sur la liste des proscrits et désormais interdit de séjour en France, il s’est exilé à Bruxelles depuis le 11 décembre précédent, voyageant muni d’un passeport au nom de Jacques-Firmin Lanvin. Les deux décennies de règne de Napoléon III seront pour l’écrivain et l’homme politique des années d’opposition et d’éloignement. Cet exil devient volontaire, après son refus de l’amnistie offerte par l’Empereur avec le décret du 16 août 1859.

Victor Hugo réside alors à proximité de la France, dans les îles Anglo-Normandes de la Manche. Dans sa villa de Marine-Terrace à Jersey, il s’initie aux « tables parlantes » grâce à Delphine de Girardin, épouse de l’homme de presse. Cependant, le 27 octobre 1855, l’écrivain est expulsé par les autorités après avoir protesté contre la visite de l’Empereur Napoléon III en Angleterre. Installé à Guernesey, il fait l’acquisition de Hauteville-House en 1856. Souffrant de la gorge et du froid, le proscrit se laisse pousser la barbe à partir de 1861. Dans les années qui suivent, sa famille s’éloigne de plus en plus fréquemment, afin notamment de s’occuper du devenir de ses contrats d’auteur. Sa femme, malade, le quitte bientôt et décède le 27 août 1868 à Bruxelles.

L’exilé rappelle régulièrement aux sujets de l’Empereur son existence. Membre du Comité de résistance au coup d’État, Victor Hugo fait entendre sa voix au moment de l’organisation d’un plébiscite le 21 novembre 1852 et destiné au rétablissement de la dignité impériale dans la personne de Louis-Napoléon Bonaparte. Il rédige pour l’occasion une lettre de protestation. L’année suivante, le 21 novembre 1853, l’écrivain fait également paraître « Les Châtiments », un pamphlet dirigé contre Napoléon III qu’il a précédemment surnommé « Napoléon-le-Petit ». Son œuvre s’enrichit ensuite de romans qui constituent de véritables épopées humaines. « Les Misérables » publiés en 1862 sont un immense succès littéraire. Suivent « Les Travailleurs de la mer » en 1866 puis « L’Homme qui rit » en 1869. En 1859, un recueil de poèmes, « La Légende des siècles », qui vient après « Les Contemplations », s’inscrit dans cette veine d’inspiration.

Après la défaite de Sedan et la proclamation de la République, le 4 septembre 1870, Victor Hugo est de retour à Paris. Symbole vivant de la résistance républicaine au Second Empire, l’écrivain est accueilli en héros par la foule des Parisiens à la gare du Nord. Son « Appel aux Allemands », un texte maladroit et décalé, publié le 9 septembre suivant, n’ayant eu que peu d’effets sur les troupes ennemies, celles-ci entament un siège en règle de la capitale. Hugo participe alors à l’effort collectif de défense en distribuant les dividendes de ses droits d’auteur.

Élu député de la gauche républicaine dans la capitale le 8 février 1871, en seconde position après Louis Blanc mais devant Léon Gambetta, il démissionne quelques semaines plus tard, le 8 mars, peu satisfait de la volonté de restauration monarchique que montre l’Assemblée qui siège à Bordeaux. Victor Hugo n’approuve ni la paix signée le 1er mars 1871 ni l’accueil réservé à l’italien Giuseppe Garibaldi, celui-ci ayant pris part aux combats contre la Prusse aux côtés des Français. Se désolidarisant de l’aventure de la Commune, l’écrivain accueille néanmoins publiquement chez lui à Bruxelles, où il réside depuis le 22 mars, les communards réfugiés pendant la répression versaillaise.

Expulsé de Belgique, Victor Hugo se rend alors à Vianden au Luxembourg voisin. Il évoque bientôt les événements dramatiques de ces derniers mois dans « L’Année terrible », publiée en 1872. Le 7 janvier de la même année, l’écrivain est battu lors d’une élection législative partielle. Il lui faudra attendre quatre années et le 30 janvier 1876 pour retrouver sous la Troisième République un siège de parlementaire, en étant élu sénateur de Paris. Il milite alors au sein de l’assemblée pour l’amnistie des communards, celle-ci intervenant le 11 juillet 1880.

Entre temps, Hugo fait éditer de nouvelles œuvres. 1874 voit la parution de son dernier roman, « Quatre-vingt treize », dédié à la Révolution française et à la Convention. Des textes écrits le plus souvent pendant les années d’exil à Guernesey paraissent également : « L’Art d’être grand-père » au mois de mai 1877, « La Pitié suprême » en 1879, « Torquemada » en 1882, « L’Archipel de la Manche » au mois d’octobre 1883.

Cependant la santé du patriarche se détériore. Une congestion cérébrale qui le terrasse le 28 juin 1878 le laisse diminué. L’écrivain délaissera maintenant l’écriture, se contentant de mettre en forme et de publier ses productions inédites. En 1881, le nouveau régime « installé » fête son entrée dans sa quatre-vingtième année, ce qui donne lieu à une grande célébration populaire, le 27 février. L’avenue d’Eylau, dans la partie où il est installé depuis 1879, porte dorénavant son nom. Juliette Drouet décède le 11 mai 1883, Victor Hugo le 22 mai 1885 à 13 h 27 minutes, des suites d’une congestion pulmonaire.

La Troisième République lui offre alors des funérailles nationales. Celles-ci se déroulent le 1er juin suivant et sont l’occasion d’un vaste rassemblement populaire autour d’une des gloires nationales. La veille de l’événement, un immense catafalque stationné sous l’Arc-de-Triomphe permet à la foule de venir se recueillir pendant la nuit auprès du grand homme. Le corbillard des pauvres, que celui-ci a demandé dans son testament rédigé le 2 août 1883, s’élance enfin, suivi par un interminable cortège composé de deux millions d’admirateurs et de badauds. Il conduit le corps de Victor Hugo au Panthéon.

 

Villequier la maison de Léopoldine. 

 

screenshot_174

 

 Le 4 septembre 1843, la fille aînée de Victor Hugo, Léopoldine, qui vient d’avoir 19 ans, se noie avec son mari, Charles Vacquerie, entre Caudebec et Villequier. Ils essayaient un canot neuf et rentraient vers la propriété des parents de Charles. Les Vacquerie, riches armateurs havrais, descendants de pilotes, venaient de se faire construire sur la terre de leurs ancêtres « au pied d’une montagne chargée d’arbres, une maison de briques couverte de pampres verts », celle-ci domine les habitations de ce village situé sur la rive droite de la Seine.

Comment la fille du plus grand poète français du XIXème siècle est-elle venue chercher un époux en Normandie où ce jeune ménage trouva la mort six mois après son mariage ?

Pour le comprendre, il faut se rappeler l’extraordinaire ascendant exercé sur la jeunesse par le chef de file des Romantiques, Victor Hugo, depuis la célèbre bataille dHernani en 1830.

 

 

La famille Vacquerie comptait trois enfants :

– Marie Arsène (Madame Lefèvre), qui seule aura une descendance

– Charles, le futur époux de Léopoldine

– Auguste, si brillant au Collège Royal de Rouen que les émissaires de la pension Favart de Paris, vinrent solliciter de son père l’honneur de le compter parmi leurs élèves. Les collégiens suivaient les cours du Lycée Charlemagne. Mais pour Auguste, « Paris, c’était surtout Hugo ».

 Aussi vint-il en 1837 demander à celui-ci l’autorisation de faire jouer Hernani pour la Saint Charlemagne. Bientôt suivi de son inséparable ami, Paul Meurice, Auguste entra très vite dans l’intimité du Maître, puis de sa famille, et bien entendu il s’éprit de la fille aînée du poète. Nous en retrouvons l’écho dans les vers de l’Album que Léopoldine, comme toute jeune fille romantique, présentait à ses amis : « Votre jeune beauté me tient ».

 Auguste n’eut donc de cesse que sa mère invitât à Villequier Madame Hugo et ses quatre enfants, à venir y faire un séjour l’été 1839. Pour la famille Vacquerie, c’était un honneur un peu redoutable. La correspondance qui a été conservée en témoigne. Mais, ô surprise, Léopoldine préféra Charles à Auguste, et le pauvre de s’épancher plus tard : « Ainsi, c’était pour lui que tu venais au monde ».

 

La propriété, dont le jardin au XIXème siècle descendait jusqu’à la Seine, demeura dans la famille Vacquerie jusqu’en 1951. Madame Pierre Lefèvre-Vacquerie vendit alors, à la commune de Villequier, le terrain des anciennes écuries et bibliothèques, qui, bombardées le 29 août 1944, ont fini par être démolies pour faire place aux parkings actuels, tandis que le Conseil Général de la Seine Inférieure, sous l’impulsion du Président André Marie et de Maurice Collet, Maire de Caudebec, votait l’achat de la maison pour y installer un musée Victor Hugo.

Monsieur Robert Flavigny, architecte et conservateur des Musées Départementaux, remit en état le pauvre immeuble qui avait terriblement souffert de la guerre et acheta des éditions rares, des autographes et des dessins de Victor Hugo.

La maison Vacquerie fut inaugurée par le Préfet, Monsieur Robert Hirsch le 15 novembre 1959. Hélas, quinze jours après l’inauguration, le remarquable conservateur mourait. Mais cela n’arrêta pas, comme on aurait pu le craindre, le développement de la nouvelle institution.

En effet, Madame André Gaveau, née Lefèvre-Vacquerie, manifesta immédiatement sa bienveillance au jeune musée en renouvelant, de 1959 à 1976, à 17 reprises, des donations de mobilier et d’oeuvres jadis conservées dans la maison de campagne de son enfance, sculptures, peintures, dessins et autographes inédits, sans parler de l’Album de Léopoldine. Grâce à elle, la salle à manger, le salon, le billard et les chambres s’animèrent, la maison était redevenue vivante.

 Mais sans le drame du 4 septembre 1843, il n’aurait pu être question d’y créer un musée. Il convenait donc qu’on y trouvât d’abord l’évocation de Léopoldine. C’est ce que comprit immédiatement Pierre Georgel, lorsqu’il franchit pour la première fois le seuil de la maison Vacquerie en 1966. L’année suivante était organisée la première exposition qui lançait le musée :  « Léopoldine Hugo, une jeune fille romantique ». Cette manifestation fut doublement bénéfique. D’une part le catalogue de Pierre Georgel demeure le meilleur travail concernant la fille aînée de Victor Hugo, et d’autre part plusieurs prêteurs, notamment, se muèrent, eux aussi, en donateurs. Ainsi le musée s’enorgueillit-il de pièces ayant appartenu jadis à Victor Hugo, à son beau frère, Paul Foucher, et à ses disciples Paul Meurice et Auguste Vacquerie.

 

Dès l’entrée, le visiteur comprend que Léopoldine est le personnage premier de la maison : de sa naissance à sa survie dans l’oeuvre de son père, principalement dans les « Contemplations », ces « mémoires d’une âme » comme Victor Hugo les définit lui même.

 Léopoldine vint au monde le 28 août 1824, après la mort du premier enfant qui n’avait pas vécu, « grosse fille aussi vivace que notre pauvre Léopold était débile » écrit le jour même de sa naissance le poète à son père, le Général Hugo.

 De sa vie, nous savons tout ou presque, grâce aux lettres conservées à Villequier chez les Lefèvre-Vacquerie. Ils en ont fait au jeune musée le don royal. Ces 134 lettres représentent plus de la moitié de la correspondance de Léopoldine actuellement connue et publiée en 1976 par Pierre Georgel.

Ce sont d’abord celles de la petite enfance, adressées à Louise Bertin, la fille du fondateur du journal des Débats. La famille Hugo séjournait souvent dans la propriété de leurs amis au château des Roches, paradis pour les quatre enfants.

« Quelquefois je voyais de la colline en face,Mes quatre enfants jouer, tableau que rien n’efface ! Et j’entendais leurs chants. Emu je contemplais ces aubes de moi même Qui se levaient là bas dans la douceur suprême Des vallons et des champs »

 

Les années heureuses sont ainsi chantées dans maints poèmes des Contemplations dont la quatrième partie, Pauca meae, est consacrée à sa fille aînée.

 

« Elle avait pris ce pli dans son âge enfantin
De venir dans ma chambre un peu chaque matin;
Je l’attendais ainsi qu’un rayon qu’on espère;
Elle entrait, et disait: Bonjour, mon petit père ;
Prenait ma plume, ouvrait mes livres, s’asseyait
Sur mon lit, dérangeait mes papiers, et riait,
Puis soudain s’en allait comme un oiseau qui passe. »

 

« Elle était pâle, et pourtant rose,
Petite avec de grands cheveux.
Elle disait souvent : je n’ose,
Et ne disait jamais : je veux.

Le soir, elle prenait ma Bible
Pour y faire épeler sa soeur,
Et, comme une lampe paisible,
Elle éclairait ce jeune coeur. »

 

Mais le temps des jeux est passé. Léopoldine, qui ne professait guère de goût pour l’école, va bientôt obtenir l’autorisation de travailler chez elle. Depuis 1832, la famille habite un hôtel particulier, place Royale (devenue place des Vosges) où s’est installé l’actuel musée Victor Hugo.

Son Cahier de dictées où alternent des textes de Victor Hugo avec ceux de Sainte Beuve, ainsi que Paul et Virgine de Bernardin de Saint-Pierre, dédicacé par celui-ci à la petite fille, sont conservés à Villequier.

En 1836 elle fait sa première communion à Fourqueux. Châtillon peint la cérémonie, si sa célèbre toile est exposée dans le musée de la place des Vosges, le dessin de l’église par André Durand et son cachet de confirmation appartiennent au musée Villequier.

 

Cependant le moment vient où l’enfant devient une jeune fille. Elle commence à s’intéresser à la vie parisienne, c’est Mademoiselle Hugo qui sort, va à l’Opéra, au bal chez Madame Charles Nodier. Elle assiste aux pièces de son père à la Comédie Française, à son entrée sous la Coupole en 1841.

Tout cela, elle le raconte dans ses lettres à sa tante et amie, Julie Foucher (jeune soeur de Madame Hugo), mais presque sa contemporaine. Julie qui avait perdu sa mère était pensionnaire à la Légion d’Honneur à Saint Denis, où elle ne s’amusait guère. Léopoldine qui a bon coeur, essaie de l’en faire sortir le plus souvent possible et pense lui faire plaisir par le récit de ses mondanités.

Mais les effusions de tendresse les plus grandes sont entre le père et la fille. En 1837, il lui écrit d’Etaples près de Boulogne :

« J’ai cueilli pour toi cette fleur dans la dune. Et puis mon ange, j’ai tracé ton nom sur le sable, Didi. La vague de la haute mer l’effacera cette nuit, mais ce que rien n’effacera, c’est l’amour que ton père a pour toi ».

Elle, de son côté, lui fait part de ses découvertes et de ses émerveillements.

Quand, répondant à l’invitation d’Auguste Vacquerie, Madame Victor Hugo et ses quatre enfants découvrent la Normandie en 1839, nous trouvons sous la plume de Léopoldine ces notations vibrantes :

« J’éprouve le besoin de te parler de toutes les merveilles que j’ai vues. Tu les a comprises si complètement toi, que tu comprendras bien aussi l’admiration que j’ai ressentie. Toutes les rives de la Seine sont si belles que pendant la traversée nous n’avons pas eu un instant d’ennui… Nous avons ensuite admiré Rouen et ses belles églises, sa cathédrale surtout que j’aurais visitée complètement. Je t’ai remercié dans le fond de mon coeur, mon père chéri, car c’est toi qui nous a appris à apprécier et à jouir des belles choses. La Seine borde le jardin de Monsieur Vacquerie. C’est une bien charmante maison que celle-ci, elle le serait bien d’avantage si tu l’habitais avec nous. »

Victor Hugo effectuait alors son voyage annuel avec sa maîtresse Juliette Drouet.

C’est lors de ce séjour de près d’un mois, que naquirent les amours de  Léopoldine et du frère aîné d’Auguste, Charles. Amours encouragés secrètement par Adèle, mais d’abord cachés à Victor et peu appréciés de lui ensuite. On peut supposer que cette alliance provinciale semblait au grand homme indigne de sa fille et surtout de lui, et puis elle vient d’avoir tout juste 15 ans.

A Villequier, Lépoldine fait donc la connaissance de sa future belle famille que nous pouvons évoquer grâce aux peintures et dessins, oeuvres de jeunes artistes romantiques, amis d’Auguste et des Hugo, Châtillon, Louis Boulanger, David d’Angers..

Victor Hugo retardait donc le plus possible l’échéance, pour lui terrible, du mariage de sa fille. Auguste, généreusement, pressait les siens de faire une situation à Charles dans l’affaire familiale, pour ne pas donner prétexte aux atermoiements du poète. La date du 15 février 1843 fut finalement retenue. Mais le mariage eut lieu dans l’intimité, la famille Vacquerie étant en grand deuil (Marie Arsène venait de perdre un de ses jumeaux Paul Léon et son mari Nicolas). La cérémonie eut lieu à 9 heures du matin dans la chapelle des catéchismes de Saint Paul – Saint Louis, église paroissiale de la Place Royale, et le soir un dîner groupa une vingtaine de convives.

Victor Hugo avait composé pendant la messe le poème qu’il envoya à sa fille le lendemain, poème conservé chez les Vacquerie et donné par Jean Lefèvre-Vacquerie au musée en 1967 :

 

« Aime celui qui t’aime, et sois heureuse en lui.
— Adieu ! — sois son trésor, ô toi qui fus le nôtre !
Va, mon enfant béni, d’une famille à l’autre.
Emporte le bonheur et laisse-nous l’ennui !

Ici, l’on te retient ; là-bas, on te désire.
Fille, épouse, ange, enfant, fais ton double devoir.
Donne-nous un regret, donne-leur un espoir,
 Sors avec une larme ! entre avec un sourire ! »

 

De l’existence brillante et facile que menait à Paris, Mademoiselle Hugo, Madame Charles Vacquerie passe sans transition au Havre où elle connaît l’ennuyeuse oisiveté de la vie provinciale à cette époque.

Le jeune ménage dispose d’une simple chambre chez Madame Lefèvre, il faut faire des économies. Comme il y a des domestiques, Léopoldine n’a rien à faire dans la maison, et les Vacquerie étant en grand deuil, on ne peut guère sortir…

 

Son occupation principale consiste donc à écrire quotidiennement à sa mère de longues missives, elle lui parle de « son bonheur si longtemps attendu », lui réitère les témoignages de sa touchante affection, et lui conte par le menu ses recherches d’une maison, afin qu’avec ses frères et sa soeur elle vienne passer l’été près d’elle. Quant à Victor Hugo, il se contentera de venir embrasser sa fille avant de partir pour l’Espagne avec Juliette Drouet.

Lorsqu’Adèle et ses enfants sont là, on ne se quitte plus guère… Cependant le jeune ménage est invité à aller passer quelques jours de septembre chez Madame Vacquerie mère à Villequier.

Les promenades en bateau à voile étaient une des grandes attractions de ces séjours au bord de la Seine. Il s’agissait, ce lundi 4 septembre, d’essayer un canot neuf de l’oncle Vacquerie qui s’en allait à Caudebec pour traiter une affaire notariale.

L’aller se passa sans encombres. Mais ce canot était mal gréé. Au retour, le notaire peu confiant sans doute dans les talents de navigateur de Pierre Vacquerie, se fit débarquer avant Villequier.

Soudain, dans la courbe du fleuve, au lieu dit « le dos d’âne » sous une rafale de vent, la barque chavira, les pierres dont on l’avait lestée malencontreusement à Caudebec roulèrent toutes du même côté, les quatre passagers (l’oncle Pierre, son jeune fils Artus, Charles et Léopoldine) tombèrent à l’eau.

Charles excellent nageur, essaya désespérément de sauver sa femme empêtrée dans les voiles, mais n’y parvenant pas, se laissa couler avec elle, cependant que Madame Vacquerie mère, des jumelles à la main, inquiète du retard excessif, scrutait en vain l’horizon, comme l’a conté au Journal Le Figaro en 1885, Austreberthe Souday, l’ancienne servante de Madame Vacquerie.

Ce naufrage qui avait fait d’un seul coup quatre morts, sema la consternation dans le village. Les jeunes époux furent enterrés dans un même cercueil.

Prévenue par la lettre bouleversée et bouleversante de Madame Vacquerie, Adèle s’enfuit directement chez son père Pierre Foucher, avec sa seconde fille en attendant le retour de son mari parti depuis deux mois.

C’est dans le café de l’Europe à Rochefort, que celui-ci fut foudroyé par la nouvelle en ouvrant le journal Le Siècle, le 9 septembre, donc cinq jours après le drame. Il mettra encore trois autres journées pour regagner Paris, par Orléans où l’on hissera la diligence sur le train.

Le seul faire part connu à l’heure actuelle appartient au musée de Villequier.

 

Sa douleur, et parfois son remords, s’épanchèrent les années suivantes dans les vers des Contemplations.

 

Oh ! je fus comme fou dans le premier moment, 
Hélas ! et je pleurai trois jours amèrement.
Vous tous à qui Dieu prit votre chère espérance,
Pères, mères, dont l’âme a souffert ma souffrance,
Tout ce que j’éprouvais, l’avez-vous éprouvé ?
Je voulais me briser le front sur le pavé ;
Puis je me révoltais, et, par moments, terrible,
Je fixais mes regards sur cette chose horrible,
Et je n’y croyais pas, et je m’écriais : Non ! —
Est-ce que Dieu permet de ces malheurs sans nom
Qui font que dans le coeur le désespoir se lève ? —
Il me semblait que tout n’était qu’un affreux rêve,
Qu’elle ne pouvait pas m’avoir ainsi quitté,
Que je l’entendais rire en la chambre à côté,
Que c’était impossible enfin qu’elle fût morte,
Et que j’allais la voir entrer par cette porte !

Oh ! que de fois j’ai dit : Silence ! elle a parlé !
Tenez ! voici le bruit de sa main sur la clé !
Attendez! elle vient ! laissez-moi, que j’écoute !
Car elle est quelque part dans la maison sans doute !

 

 

Il est temps que je me repose ;
Je suis terrassé par le sort.
Ne me parlez pas d’autre chose
Que des ténèbres où l’on dort !

 

Mais l’année suivante, la première et la dernière strophe de Demain dès l’aube, respirent un certain apaisement :

 

Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne,
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m’attends.
J’irai par la forêt, j’irai par la montagne.
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.

Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,
Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,
Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,
Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.

Je ne regarderai ni l’or du soir qui tombe,
Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,
Et quand j’arriverai, je mettrai sur ta tombe
Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.

 

Le plus célèbre est sans contredit le long poème intitulé « A Villequier »

 

Maintenant que Paris, ses pavés et ses marbres,
Et sa brume et ses toits sont bien loin de mes yeux ;
Maintenant que je suis sous les branches des arbres,
Et que je puis songer à la beauté des cieux ;

……

Maintenant que je puis, assis au bord des ondes,
Emu par ce superbe et tranquille horizon,
Examiner en moi les vérités profondes
Et regarder les fleurs qui sont dans le gazon ;

……

Je viens à vous, Seigneur, père auquel il faut croire ;
Je vous porte, apaisé,
Les morceaux de ce cœur tout plein de votre gloire
Que vous avez brisé ;

……

 

Victor Hugo voudra célébrer plus tard en un long poème, ce gendre héroïque qu’il avait jadis méprisé :

 

Il ne sera pas dit que ce jeune homme, ô deuil !
Se sera de ses mains ouvert l’affreux cercueil
Où séjourne l’ombre abhorrée,
Hélas ! et qu’il aura lui-même dans la mort
De ses jours généreux, encor pleins jusqu’au bord,
Renversé la coupe dorée,

Et que sa mère, pâle et perdant la raison,
Aura vu rapporter au seuil de sa maison,
Sous un suaire aux plis funèbres,
Ce fils, naguère encor pareil au jour qui naît,
Maintenant blème et froid, tel que la mort venait
De le faire pour les ténèbres ;

Il ne sera pas dit qu’il sera mort ainsi,
Qu’il aura, coeur profond et par l’amour saisi,
Donné sa vie à ma colombe,
Et qu’il l’aura suivie au lieu morne et voilé,
Sans que la voix du père à genoux ait parlé
A cet âme dans cette tombe !

 

Le triste voyage de Victor Hugo et de Juliette s’inscrivait dans une tradition vieille de dix ans. Il avait fait la connaissance de cette ravissante actrice en 1833, lorsqu’elle tenait le petit rôle de la Princesse Negroni dans Lucrèce Borgia. Adèle, attirée par Sainte Beuve, s’étant éloignée de son mari, Victor se consola avec Juliette qui devait se révéler une des plus fidèles et des plus nobles amoureuses de l’humanité. Pour lui, elle quitta le riche Prince Demidoff, et accepta une vie de recluse, dans l’ombre de la famille Hugo. La seule compensation aux exigences tyranniques du poète était ce grand voyage estival où durant plusieurs semaines consécutives « allant de patache en coucou » ils visitaient en détail une région nouvelle.

Cette Normandie qui lui avait enlevé sa fille, Victor Hugo lui reste particulièrement attaché. L’auteur dramatique s’est tu depuis la chute des Burgraves qui avait coïncidé avec la mort de Léopoldine. Malgré, ou à cause de ces épreuves, les années qu’il vit jusqu’à la Révolution de 1848 sont très agitées sentimentalement et actives politiquement. Dans le domaine personnel, c’est le scandale du flagrant délit d’adultère avec Madame Biard en 1845. Celle-ci est incarcérée, le poète, lui, grâce à sa nomination toute récente de pair de France, échappe à l’emprisonnement.

En 1846, soit trois ans après la mort de Léopoldine, Victor Hugo vient se recueillir sur sa tombe à Villequier où sa femme a pris l’habitude de venir chaque automne depuis 1844. Tandis que le ménage Hugo loge chez ses amis Vacquerie, Juliette se cache à l’hôtel du Commerce à Caudebec , mais elle rejoindra deux fois son bien aimé sur la tombe de la chère Didine à laquelle elle était si attachée. Les deux amants associaient son souvenir à celui de Claire, la fille que Juliette avait eue avec le sculpteur James Pradier, et qui elle aussi était morte à 20 ans en 1846.

 

Quoi donc ! la vôtre aussi ! la vôtre suit la mienne !
O mère au coeur profond, mère, vous avez beau
Laisser la porte ouverte afin qu’elle revienne,
Cette pierre là-bas dans l’herbe est un tombeau !

La mienne disparut dans les flots qui se mêlent ;
Alors, ce fut ton tour, Claire, et tu t’envolas.
Est-ce donc que là-haut dans l’ombre elles s’appellent,
Qu’elles s’en vont ainsi l’une après l’autre, hélas ?

……

 

Quel âge hier ? Vingt ans. Et quel âge aujourd’hui ?
L’éternité. Ce front pendant une heure a lui.
Elle avait les doux chants et les grâces superbes ;
Elle semblait porter de radieuses gerbes ;
Rien qu’à la voir passer, on lui disait: Merci !
Qu’est-ce donc que la vie, hélas ! pour mettre ainsi
Les êtres les plus purs et les meilleurs en fuite ?
Et, moi, je l’avais vue encor toute petite.
Elle me disait vous, et je lui disais tu.

…..

 

Puis ce seront après la Révolution de 1848, les trois années de troubles politiques auxquels il est mêlé. Elu député de Paris, avec 86 965 voix alors que Louis Bonaparte n’en avait eues que 84 420. Mais les évènements s’aggravent, Victor Hugo est pourchassé et sa famille quitte l’appartement de la place Royale, envahi par les émeutiers.

Lors du coup d’état du 2 décembre 1851, il échoue dans sa tentative de soulèvement du peuple de Paris contre le Prince Président. Recherché par la police, il doit son salut à Juliette qui lui procure un passeport pour la Belgique et il passe la frontière déguisé en ouvrier. L’exil commençait, il devait durer autant que le Second Empire, soit dix huit ans.

 

 

 

 screenshot_209

 screenshot_175

screenshot_176 

5576784296_2f27dacee6_b

3703014971_560ff53c5a_b  

screenshot_194

screenshot_195

screenshot_196

 screenshot_197

screenshot_198 

screenshot_206

screenshot_216

screenshot_214

screenshot_199 

screenshot_207 

screenshot_200

screenshot_201 

 screenshot_202

 screenshot_215

screenshot_218 

screenshot_219 

 screenshot_217

 screenshot_210

screenshot_205 

screenshot_204 

2941902762_20a4e60b89_o 

screenshot_177 

screenshot_178 

216385725_1d20ba0aae_o  

screenshot_187 

screenshot_211 

screenshot_188

screenshot_213

screenshot_193

298955083_0ad05a3b71_o 

screenshot_180 

screenshot_181 

 screenshot_189

screenshot_203

screenshot_190

screenshot_191

screenshot_208

screenshot_184

screenshot_185 

 screenshot_186

screenshot_212 

 

 

 

 

Reportage sur différentes villégiatures de Victor Hugo Partie I

Reportage sur différentes villégiatures de Victor Hugo Partie II 

 

Je tiens à remercier particulièrement les auteurs de ces blogs qui m’ont permis très gentiment d’utiliser certaines de leurs photographies. Bonne visite dans leur univers.

Bonheur de lire 

La mère de la mule 

 

 

Procurez vous des ouvrages de Victor Hugo

 

LOCALISATION DE LA MAISON :