Maisons d écrivains

Nerval Gérard de

Gérard de Nerval – Mortefontaine et Paris

Biographie de Gérard de Nerval

1807

« La mélancolie est une maladie qui consiste à voir les choses comme elles sont ».

Gérard Labrunie naît à Paris le 22 mai 1808 au 96 (aujourd’hui 168) rue Saint-Martin, année où son père, docteur en médecine, est attaché à l’Armée du Rhin. En Allemagne, ce dernier dirige l’hôpital de Hanovre, puis celui de Breslau à partir de 1810. L’enfant est alors placé en nourrice à Loisy, une commune située non loin de Paris, à proximité d’Ermenonville. Sa mère, qui a suivi son mari outre-Rhin, décède le 29 novembre 1810. Deux années plus tard, son père est grièvement blessé à Wilna en Pologne. A Paris, on est très longtemps sans nouvelles de lui. Aussi Gérard est confié à l’oncle de sa mère, résidant à Mortefontaine. En 1814 avec la chute de l’Empire, Etienne Labrunie est enfin de retour en France. Il s’installe à Paris en compagnie de son fils.

Celui-ci entre en 1820 en tant qu’externe au Collège Charlemagne. Il effectuera l’ensemble de sa scolarité dans l’établissement, se liant à l’un de ses camarades de classe, Théophile Gautier. Dès cette époque, l’adolescent rédige quelques textes de littérature. Reçu bachelier en 1826, Gérard Labrunie travaille à une traduction du Faust de Johann Wolfgang von Goethe. Il possède en effet la langue allemande que lui a enseigné son père. C’est aussi une attirance curieuse pour les sciences occultes qui le décide à se lancer dans cette entreprise téméraire. Publiée en 1828, sa traduction devient rapidement pour les lecteurs français le texte de référence de l’œuvre de Goethe, saluée d’ailleurs par l’auteur en personne. Cette publication vaut à Gérard Labrunie une renommée précoce dans le monde littéraire. Présenté à Victor Hugo, il participe en 1830 à la bataille d’Hernani, aux côtés de la jeunesse romantique.

Son père cependant désapprouve ces projets d’avenir incertains d’homme de Lettres auquel se destine son fils. Celui-ci s’emploie comme apprenti chez un imprimeur parisien avant de devenir clerc de notaire. Sous le pseudonyme de Gérard de Nerval (nom emprunté au souvenir d’un terrain nommé « clos Nerval » proche de Mortefontaine), il continue à publier dans des revues ses traductions ainsi que des odes poétiques. A partir de 1832, Nerval fait partie du  » petit cénacle  » (groupe de jeunes romantiques français comprenant notamment : Gérard de Nerval, Augustus MacKeat, Philothée O’Neddy (chacun arrangeait un peu son nom pour lui donner plus de tournure), Napoléon Tom, Joseph Bouchardy, Célestin Nanteuil, un peu plus tard, Théophile Gautier, quelques autres encore, et enfin Petrus Borel) , qui se réunit autour du sculpteur Jehan du Seigneur. La même année, il entreprend des études de médecine. Celles-ci sont de courte durée. Au début de l’année 1834, avec le décès de son grand-père maternel, Nerval bénéficie d’un confortable héritage qui l’éloigne désormais de tout soucis matériel et l’affranchit de la tutelle paternelle.

Pendant l’automne suivant, il effectue un voyage en Italie qui le mène à Florence, à Rome et enfin à Naples. A son retour, Gérard de Nerval s’éprend d’une actrice, Jenny Colon, à laquelle il voue une véritable adoration. En compagnie de son ami Théophile Gautier, il s’installe alors impasse du Doyenné puis fonde une revue littéraire, Le Monde dramatique, au mois de mai 1835. C’est un échec complet qui provoque sa ruine. Nerval, maintenant sans le sou, doit gagner sa vie en livrant de multiples articles à des journaux, à La Charte de 1830, à La Presse ou à L’Artiste. Le journaliste entame également une collaboration fructueuse avec Alexandre Dumas. Ensemble, ils rédigent plusieurs œuvres théâtrales qui sont jouées sur les scènes parisiennes dans les années qui suivent. La première de Piquillo, un opéra-comique, a lieu le 31 octobre 1837. Une tragédie, Caligula, est également représentée à la fin de la même année. Viennent ensuite L’Alchimiste ainsi que Léo Burckart en 1839.

Au cours de ces années, Gérard de Nerval effectue quelques séjours à l’étranger. Toujours en compagnie de Théophile Gautier, il s’est ainsi rendue en Belgique au mois de juillet 1835, un pays qui l’accueillera de nouveau en 1840. En 1839, c’est avec Alexandre Dumas qu’il parcoure l’Allemagne. L’année précédente a vu la fin de sa liaison avec Jenny Colon. Celle-ci s’est mariée. Pendant l’hiver 1839, Nerval rencontre en Autriche une musicienne, Marie Pleyel, pianiste virtuose, elle aussi capricieuse et insaisissable pour l’homme de lettres. En 1841, alors que Jules Janin dans Les Débats fait l’apologie de l’esprit de Nerval, celui-ci est saisi de plusieurs crises de folie. Cet état l’oblige à un long séjour à la clinique du docteur Émile Blanche, à Passy.

Afin de se rétablir mais aussi pour retrouver l’inspiration qui le fuie, l’homme de Lettres forme le projet d’un long périple en Orient. Le 1er janvier 1843, Gérard de Nerval embarque à Marseille à destination de l’Égypte. Après un court séjour à Malte, il arrive à Alexandrie le 16 janvier suivant. Nerval est ensuite au Caire jusqu’au mois de mai, date à laquelle il parvient en Syrie. Après Chypre, Rhodes et Smyrne, c’est dans la ville de Constantinople que le voyageur réside du 25 juillet au 28 octobre 1843. Gérard de Nerval est de retour en France le 5 décembre, après une nouvelle traversée de la Mer Méditerranée. Il reprend alors son activité journalistique et entame en 1846 la publication du récit de son voyage en Orient dans les colonnes de La Revue des Deux Mondes. En 1848, celui-ci est également en librairie, en volumes cette fois ci et sous le titre des Femmes du Caire. Cependant, en ces moments d’agitation politique, la révolution de 1848 occupe les esprits des Parisiens. Aussi l’ouvrage ne connaît que peu de succès.

L’année suivante, l’écrivain entame pour le journal Le Temps la rédaction d’un roman historique, Le Marquis de Fayolle, qu’il n’achève pas. Son état dépressif s’aggrave et, au mois d’avril 1849, Nerval effectue de nouveau un séjour en clinique. Il s’attelle tout de même à la rédaction de la suite de son journal de voyage, Les Femmes du Liban. Confiant dans le succès de sa pièce de théâtre, L’Imagier de Harlem, qu’il fait jouer le 27 décembre 1851, l’écrivain est maintenant au plus bas, après l’échec que connaît cette dernière entreprise. Il entame alors sa  » descente aux enfers « , suivant sa propre expression.

Dans les années qui suivent, Gérard de Nerval partage son temps entre les séjours à l’étranger et l’écriture pour laquelle il s’emploie de manière frénétique. Il est ainsi en Belgique et en Hollande en 1852 et rédige dans le même temps plusieurs textes : Lorely, Souvenirs d’Allemagne, Les Nuits d’Octobre, Les Illuminés, La Bohème galante, Contes et Facéties. En convalescence à la Maison Dubois au début de l’année 1853, Nerval, souffrant, achève Sylvie publiée à partir du 15 août dans La Revue des Deux Mondes. Au mois de janvier 1854 paraissent également Les Filles du Feu. L’écrivain a travaillé à cette dernière œuvre à la clinique du docteur Blanche où il séjourne à cette époque. Dans un soucis thérapeutique, l’aliéniste réputé demande alors à l’écrivain de tenir le registre des visions qui le poursuivent. Au mois d’octobre 1854, l’intervention de la Société des Gens de Lettres lui permet de quitter l’établissement.

A partir du 31 octobre 1854, Le Mousquetaire, une revue littéraire fondée par Alexandre Dumas, publie Pandora. Dès le 30 décembre suivant, le public peut également lire Promenades et Souvenirs dans L’Illustration, puis Aurélia qui paraît dans La Revue de Paris à partir du 1er janvier 1855. L’écrivain est plus que jamais envahi par l’angoisse, celle de la mort et de la damnation. A l’aube du 26 janvier 1855, Gérard de Nerval, dépressif, est retrouvé pendu rue de la Vieille-Lanterne (à l’emplacement actuel du Théâtre Sarah Bernhardt, devenu Théâtre de la Ville en 1968).

1808

 

Mortefontaine

Mortefontaine se situe dans le sud du département de l’Oise, dans le Valois, à 34 km au nord-est de Paris et près de la forêt d’Ermenonville. 

Au Moyen Âge, la seigneurie de Mortefontaine dépendait de l’importante châtellenie de Montmélian. En 1146, elle fut cédée à l’abbaye de Chaalis qui y aménagea des étangs à usage de viviers.

La châtellenie de Montmélian, propriété de l’abbaye de Saint-Denis depuis 1284, s’organisait autour d’un bourg d’une certaine importance du moyen âge jusque dans la Renaissance ; l’un des plus importants marchés des environs s’y tenait et le pèlerinage pour l’église Notre-Dame contribuait également à sa prospérité économique. Après la destruction du manoir vers la fin du xvie siècle dans le contexte des guerres de religion, le seigneur de Mortefontaine, François Hotman, acquiert la châtellenie le 9 juin 1599 sans pour autant reconstruire le manoir. En 1652, Montmélian passe à monsieur Le Coigneux et le domaine fut érigé en marquisat en 1654 par acte de Louis XIV, puis passe à la famille Le Peletier, grande famille de parlementaires et de financiers, en 1680. Ces changements successifs de seigneurs n’influent en rien le destin du bourg: Délaissé par ses seigneurs, il se dépeuple inexorablement courant la première moitié du xviie siècle en faveur de Plailly et Mortefontaine. La paroisse de Montmélian, dont Mortefontaine avait dépendu, est supprimée, et ne restent que quelques foyers.

Joseph Bonaparte acheta le domaine de Mortefontaine en 1798. On y signa, en 1800, le traité d’amitié entre la France et les États-Unis d’Amérique dit traité de Mortefontaine et on y célébra les mariages de Caroline et Pauline Bonaparte. En 1827, le dernier prince de Condé, père du duc d’Enghien, acquit Mortefontaine pour la baronne de Feuchères, sa maîtresse, qui en hérita à sa mort en 1830. Cette dernière, qui mourut en 1840, légua Mortefontaine à sa filleule, Sophie Thanaron. En 1894, une large partie du domaine fut vendue au duc de Gramont qui y fit construire le château de Vallière en style néogothique et néorenaissance.

À la mort de Madame Corbin, en 1901, le château de Mortefontaine passa à ses filles, la baronne de Meyronnet-Saint Marc et la comtesse Amelot de La Roussille. Le baron de Saint Marc fut maire de Mortefontaine de 1884 à 1921, année de décès de son épouse. Il prit sa retraite sur sa propriété d’Aix-en-Provence et vendit le château de Mortefontaine au comte Louis-René de Gramont vers 1928. Après la guerre, il ne trouve plus les moyens de l’entretenir correctement et le cède au Tiers-Ordre des Dominicains en 1949. Les religieuses construisent un prieuré dans le parc et ouvrent une école dans le château. Avec la construction de nouveaux bâtiments, le château n’est bientôt plus nécessaire et devient vacant, avant de trouver un acquéreur en 1985.

Mortefontaine partage avec cette Plailly le bois de Nerval, qui, tout comme le lieu-dit « le Fond de Nerval » sur le territoire de la commune de Plailly a inspiré à Gérard Labrunie son pseudonyme Gérard de Nerval.

1809

voirie des Rouliers, menant vers le bois de Nerval.

En 1810, à l’âge de deux ans et demi, le petit Gérard Labrunie, orphelin de mère, avait été confié à son grand-oncle maternel, Antoine Boucher, dont la famille vivait depuis longtemps à Mortefontaine; leur maison touchait le joli château du village. La petite enfance du futur Gérard de Nerval se déroule là et il en gardera un souvenir ineffaçable. C’est plus tard qu’il adoptera le nom de Nerval, en souvenir d’un terrain, le clos Nerval, très proche de Mortefontaine et possédé depuis longtemps par sa famille. Le château, bâti au xviie siècle, et les domaines qui l’entourent appartiennent, depuis 1799, à Joseph Bonaparte qui en a fait une propriété princière, très admirée, et fréquentée par tous les personnages importants de cette époque. Son impérial frère vient souvent pour y chasser et, en 1811, il a même envisagé de l’acquérir, ainsi qu’Ermenonville, pour y construire son palais.

Pour le village, c’est une période fastueuse. Joseph et sa femme, la reine Julie, animent au château une véritable petite cour. L’Empereur et sa famille aiment Mortefontaine et ils y viennent souvent, parfois pour de longs séjours. Bien souvent le roi Joseph ou ses célèbres invités traversent le village dans des berlines aux couleurs éclatantes, tirées par de superbes chevaux et cela ne passe pas inaperçu! Lorsque Napoléon vient, il est toujours accompagné de son fidèle mamelouk portant fièrement son uniforme: turban, jaquette rouge aux manches bleues, pantalon blanc court et éventail jaune. Les fêtes sont nombreuses, on joue la comédie dans un ravissant théâtre dont le fond de la scène ouvre directement sur la nature. En compagnie de l’oncle Antoine, qui savait tant de choses, le jeune Gérard fait de longues promenades, découvrant les beaux paysages formés par les bois et les étangs. Pendant l’Empire, Mortefontaine n’est pas un village tout à fait comme les autres. 

 

« J’aimais à respirer l’air des forêts profondes. Les ombrages d’Ermenonville, les solitudes de Mortefontaine n’avaient plus de secrets pour moi ».

(Promenades et Souvenirs 1854)

Qu’ils étaient doux ces jours de mon enfance
Où toujours gai, sans souci, sans chagrin
Je coulais ma douce existence
Sans songer au lendemain 

Que me servait que tant de connaissances
A mon esprit vinssent donner l’essor,

On n’a pas besoin des sciences,
Lorsque l’on vit dans l’âge d’or.

(L’Enfance 1822.)

1810

Etangs Colbert et de La Vallière

1811

prairie de Charlepont

1812

Entrée du village en venant de Plailly

1813

Fontaine monumentale à l’entrée du village

1814

Pavillons d’entrée du château de Mortefontaine

1815

Château de Mortefontaine, façade nord vers le village

1816

Château de Vallière, vu depuis Charlepont

1817

Eglise Saint Barthélemy

1818

Tour Carrée de Montmélian

1819

Haras de Charlepont

1820

La tour Rochefort

1821

Souvenir de Mortefontaine  par Jean-Baptiste Corot, 1864

En 1814, Gérard retourne chez son père à Paris. Sa vie change, ses rapports avec ce père qu’il connaît peu sont difficiles et l’absence de sa mère devient de plus en plus douloureuse. Il ne possède rien d’elle, ni portrait, ni lettres, ni souvenirs; tout a été perdu par son père lors de la défaite de Russie, alors qu’il était médecin et suivait l’Empereur. Jusqu’en 1820, date de la mort de l’oncle Antoine, il revient très souvent à Mortefontaine.

En 1815, Joseph Bonaparte est parti en exil aux Etats-Unis. Le château et le parc sont déserts, l’herbe folle a envahi les allées et l’ensemble est devenu silencieux, mystérieux et, peut-être, encore plus merveilleux. Il est bien facile au jeune Gérard de s’y promener, il connaît bien Bouchard, l’intendant du domaine du roi Joseph, dont la demeure jouxte celle de l’oncle Antoine. Quel plaisir de vagabonder dans le petit parc, les statues disparaissent peu à peu sous la végétation, mais le charme demeure. En 1854, dans Aurélia, Gérard raconte que dans un de ses rêves il se vit dans un « petit parc »

On y apercevait à peine la trace d’anciennes allées qui l’avaient jadis coupé en croix. La culture était négligée depuis de longues années et des plants épars de clématites, de houblon, de chèvrefeuille, de jasmin, de lierre, d’aristoloches, étendaient entre les arbres d’une croissance vigoureuse, leurs longues traînées de lianes. Des branches pendaient jusqu’à terre chargées de fruits et parmi les touffes d’herbes parasites s’épanouissaient quelques fleurs de jardin revenues à l’état sauvage. 

Il s’agit sûrement du petit parc de Mortefontaine, bien négligé. Quant au grand parc, la végétation y est toujours aussi belle et l’île de Molton, créée de toutes pièces par Joseph à partir d’une presqu’île naturelle, lui inspirera, sans doute, « Un voyage à Cythère » :

Les vainqueurs avaient été conviés à un repas qui se donnait dans une île ombragée de peupliers et de tilleuls, au milieu d’un des étangs alimentés par la Nonette et la Thève.

Jamais Gérard de Nerval n’oubliera le Valois de son enfance. C’est dans les beaux parcs de Mortefontaine, autour de Loisy, de l’abbaye de Chaâlis, d’Ermenonville et son île des Peupliers que l’on retrouve les paysages nervaliens. Le charme mystérieux des bois, la Thève bruissante, la couleur, l’odeur des fleurs: tout est en toile de fond dans Sylvie. En 1846, il avait entrepris un véritable pèlerinage au pays de son enfance et, en 1852 et 1853, il y retourne pour s’imprégner de ces paysages qu’il aime tant: « Quand vous m’avez écrit, j’étais dans le Valois faisant le paysage de mon action. J’y repars au premier rayon de soleil », écrit-il à un de ses correspondants en août 1852. Il est en train d’achever Sylvie, qui sera publié le 15 août 1853 dans la Revue des Deux Mondes. 

Le nom de Nerval est lié pour toujours à Mortefontaine et au Valois.

Merci à Geneviève Mazel.

 

 

Le Valois de Gérard de Nerval site de Sylvie Lecuyer

 

 

Paris

Gérard de Nerval est un fidèle observateur (et transcripteur pour les journaux) du Paris juste pré-haussmannien. Mais ses domiciles parisiens sont peu connus ou ont disparu. Il n’a guère habité que de pauvres masures, et le baron Haussmann en a rasé la plupart. Quelques indices cependant :

  • avec Arsène Houssaye et Camille Rogier, il habite en 1834 au 3 impasse du Doyenné (impasse qui donnait sur la rue du Doyenné – où Théophile Gautier loue un deux-pièces – et se trouvait sur l’actuelle place du Carrousel, au coeur du Louvre) et vit bientôt une idylle sans issue avec l’actrice Jenny Colon. Avec elle comme avec d’autres avant et après, c’est l’histoire d’une rencontre ratée, d’un réel échappé pour un idéal qu’il ne trouvera jamais
  • en 1835, il est basé 5 rue des Beaux-Arts
  • il habite 14 rue de Navarin (9ème arrondissement) avec Théophile Gautier, en 1840-1841
  • entre 1841 et 1855, il effectue des séjours dans les maisons de santé des docteurs Blanche père et fils, à l’actuel 22 rue de Norvins (alors rue Traînée) à Montmartre, pour le père -maison remplacée aujourd’hui par un immeuble-, et à l’hôtel de Lamballe à Passy, pour le fils (aujourd’hui 17 rue d’Ankara)
  • il habite en 1846 le Château des Brouillards à Montmartre, 13 allée des Brouillards, au bout de la rue Girardon
  • et, en 1848, 4 rue Saint-Thomas-du-Louvre (rue détruite en 1850 par le percement de la rue de Rivoli)
  • en 1850, il habite 9 rue du Mail. Sentant la maladie le poursuivre, il se plonge dans l’écriture et essaie de retrouver les origines de ses obsessions (par exemple dans Sylvie, une des Filles du feu écrite en 52-53 après un séjour dans le Valois pendant l’été 52)
  • le 30 janvier 1855, on le trouve pendu à une grille de la rue de la Vieille Lanterne. Sans doute parce que, par cette nuit où il fait moins dix-huit degrés, on lui a fermé la porte d’un asile pour vagabonds et une folle rage le prend… Sur ce lieu, d’après les recherches effectuées par les surréalistes dans l’entre deux-guerres, se trouverait maintenant la cage du souffleur du Théâtre de la Ville, place du Châtelet.
  • d’autres adresses parisiennes du poète : 16 rue de Douai, 39 rue de La Rochefoucauld, rue Saint-Thomas-du-Louvre, rue Monthyon.

Merci au site Terres d’écrivains pour toutes ces précisions.

1831

1832

« Alors la rue se rétrécit. On lit en grosses lettres sur un mur en face : BAINS DE GESVRES et au dessous : BOUDET entrepreneur de serrurerie. Au pied du mur sur lequel sont inscrites ces deux affiches, commence un escalier avec une rampe de fer. Escalier visqueux, étroit, sinistre, un prolongement de la rue conduit à la boutique d’un serrurier qui a pour enseigne une grosse clé peinte en jaune.(…)dans l’obscurité au fond, vous découvrez une fenêtre cintrée avec des barreaux de fer pareils à ceux qui grillent les fenêtres des prisons. Vous y êtes, c’est à ce croisillon de fer que le lacet était attaché. Un lacet blanc comme ceux dont on fait des cordons de tablier. (…) C’est là, les pieds distants de cette marche de deux pouces à peine que le vendredi 26 janvier 1855 au matin, à sept heures trois minutes, juste au moment où se lève cette aube glaciale des nuits d’hiver que l’on a trouvé le corps de Gérard encore chaud et ayant son chapeau sur la tête.(…)Les gens qui les premiers le virent, n’osèrent pas le détacher, quoique l’un d’eux fit observer qu’il n’était pas mort puisqu’il bougeait encore la main (…) On alla chercher le commissaire de police, M. Blanchet, et un médecin dont j’ignore le nom. Le corps était encore chaud. Le médecin pratiqua une saignée, le sang vint; mais Gérard ne rouvrit pas les yeux. Nous allâmes de la rue de la Vieille Lanterne à la morgue où le corps avait été déposé. De l’endroit où Gérard s’était pendu, jusqu’à la morgue, il n’y avait qu’un pas ». 

A. Dumas,
(Nouveaux Mémoires : Sur Gérard de Nerval, 1866.)

1839

« Arrivée du corps à 9 heures et demie du matin de Labrunie Gérard dit Nerval, demeurant 13 rue des Bons-Enfants; vêtements et objets : un habit noir, deux chemises en calicot, deux gilets de flanelle, un pantalon en drap gris vert, des souliers vernis, des chaussettes en coton roux, des guêtres de drap gris, un col noir en soie, un chapeau noir, un mouchoir blanc. Genre de mort : suspension (…) suicide; cause inconnue (…) cadavre trouvé sur la voie publique rue de la Vieille-Lanterne (…) cet homme était connu avant son entrée à la Morgue (..) le corps a été réclamé par la Société des Gens de Lettres (…). Procès-verbal du commissariat de police de Saint-Merri : «Ce matin, à sept heures et demie (26 janvier 1855) le dénommé (…) a été trouvé pendu aux barreaux (à l’enseigne) de la boutique d’un serrurier (Boudet) rue de la Vieille Lanterne, déclaration de Laurent, sergent de ville du quatrième arrondissement; l’individu était déjà mort, transporté au poste de l’Hôtel de Ville, secouru par deux médecins, mais en vain. Il s’est pendu avec un ruban de fil, son corps était attaché aux barreaux avec le lien, aucune trace de violence sur le cadavre ».

(Registre de la morgue)

1840

Les morts vont vite par le frais! » dit Bürger dans sa ballade de Lenore, si bien traduite par Gérard de Nerval ; mais ils ne vont pas tellement vite, les morts aimés, qu’on ne se souvienne longtemps de leur passage à l’horizon, où, sur la lune large et ronde, se dessinait fantastiquement leur fugitive silhouette noire.
Voilà bientôt douze ans que, par un triste matin de janvier, se répandit dans Paris la sinistre nouvelle. Aux premières lueurs d’une aube grise et froide, un corps avait été trouvé, rue de la Vieille-Lanterne, pendu aux barreaux d’un soupirail, devant la grille d’un égout, sur les marches d’un escalier où sautillait lugubrement un corbeau familier qui semblait croasser, comme le corbeau d’Edgar Poe : Never, oh! never more! Ce corps, c’était celui de Gérard de Nerval, notre ami d’enfance et de collège, notre collaborateur à La Presse et le compagnon fidèle de nos bons et surtout de nos mauvais jours, qu’il nous fallut, éperdu, les yeux troublés de larmes, aller reconnaître sur la dalle visqueuse dans l’arrière-chambre de la Morgue. Nous étions aussi pâles que le cadavre, et, au simple souvenir de cette entrevue funèbre, le frisson nous court encore sur la peau.
Le pic des démolisseurs a fait justice de cet endroit infâme qui appelait l’assassinat et le suicide. La rue de la Vieille-Lanterne n’existe plus que dans le dessin de Gustave Doré et la lithographie de Célestin Nanteuil, noir chef-d’œuvre qui ferait dire : « L’horrible est beau »; mais la perte douloureuse est restée dans toutes les mémoires, et nul n’a oublié ce bon Gérard, comme chacun le nommait, qui n’a causé d’autre chagrin à ses amis que celui de sa mort ».

Théophile Gautier,
(Portraits et souvenirs littéraires. Gérard de Nerval, in L’univers illustré, 1867)

1833

Un très bel article sur La dormeuse Blog 3 

La Maison du Docteur Blanche

Dans la topographie du Paris du XIXe siècle, certains lieux, l’Arsenal, le salon de Juliette Récamier, le grenier des Goncourt… brillent d’un éclat particulier. D’autres noms glissent, discrets, au fil des biographies ; noms de demeures secrètes, comme la maison du docteur Blanche qui est comme « la tache aveugle », l’envers tragique de cette époque. De ce médecin, de cette demeure, on connaissait peu de chose ; Laure Murat a voulu en savoir davantage, a réussi à retrouver les archives et, de cette plongée, a ramené un livre richement documenté et passionnant.

1822

Collection Folio (n° 5571), Gallimard – Parution : 19-04-2013

En fait, il y eut deux médecins de ce nom, Esprit Blanche (1796-1852) et son fils Emile (1820-1893). La maison du premier se trouvait à Montmartre, celle du second à Passy. Le 17 août 1893, Le Figaro annonçait la mort de deux aliénistes célèbres, Charcot et Blanche. Mais alors que la postérité allait se souvenir du premier, Emile Blanche serait peu à peu oublié. Il est pourtant l’un des grands noms qui jalonnent l’histoire de la psychiatrie, l’un de ceux qui surent donner à la science un visage plus humain.

Faut-il rappeler ce que Michel Foucault avait si bien mis en lumière, le grand renfermement  des « fous », les traitements qui leur étaient infligés, surtout depuis le XVIIe siècle ? Ceux qui ont humanisé la profession d’aliéniste, ce furent d’abord Pinel (1745-1826) et Esquirol (1772-1840), ensuite Esprit et Emile Blanche. Avec un dévouement inlassable, Esprit Blanche et sa femme Sophie ne peuvent offrir aux malades une pharmacopée nouvelle, mais ils leur proposent de vivre dans un cadre agréable, en les associant à leur vécu quotidien, en les traitant comme des amis, tout en recevant des artistes, tels Vigny ou Berlioz.

Ainsi Esprit Blanche a-t-il soigné, entre autres, le frère de Victor Hugo, Eugène, et surtout Nerval, qui fut aussi, plus tard, le patient d’Emile Blanche, dans la vaste demeure qu’il décrivit dans Aurélia. Douze ans séparent en effet son premier séjour, à Montmartre, et le second, à Passy. Et de fait, bien des artistes et des écrivains seront internés de temps à autre chez Emile, fidèle au message d’Esprit : Nerval, donc, mais aussi Théo Van Gogh, le frère de Vincent, ou encore Maupassant. Mais ce n’est pas le fait qu’ils soient des artistes qui intéresse Emile Blanche : il soigne des gens, en essayant de remplacer l’univers asilaire par une vie aussi proche que possible du monde qu’ils ont perdu : promenades dans un parc immense, repas en famille, soirées musicales ou mondaines.

La terminologie concernant les maladies a changé, est devenue plus complexe. Laure Murat analyse les causes du mal dont beaucoup souffrent, cette mélancolie que secrète l’ordre social, qui semble affecter particulièrement certaines familles comme celle des Halévy, ainsi que beaucoup de femmes pour lesquelles la maison de Passy fut le seul, le dernier refuge. S’il ne connut pas les découvertes de la psychanalyse, Emile Blanche, par ses travaux, contribua à la connaissance de certaines pathologies mentales. Laure Murat constate que  « dans le détail de ses descriptions (…) des éléments encore innommés affleurent comme le motif d’une photographie en cours de révélation dont personne ne saisit encore le sens ». Daniel Halévy, dans son Journal encore inédit, note à propos de ce médecin exceptionnel qui était son ami : « Il est mort courageusement, chrétiennement ». Quelques jours plus tôt, Emile avait dit : « J’ai vu trop de misères, je n’en puis plus ».

Vers la fin des années 1910, raconte Laure Murat, une petite fille observait, fascinée, de sa fenêtre, le jardin de la « maison du Dr Blanche » où était installé le successeur d’Emile. Elle s’appelait Françoise Marette. Un jour elle deviendrait Françoise Dolto.

En 2013, Sarah Levy tourne le téléfilm : « La clinique du docteur Blanche » avec pour acteurs, Danièle Lebrun, Lionnel Astier, Bruno Lochet, Serge Riaboukine et Stanley Weber. Il est disponible à l’achat ou à la location sur le site d’Arte ici.

1823

1824

1825

1826

1828

1829

1830

La maison du docteur Emile Blanche à Passy était située dans l’hôtel de Lamballe (actuellement siège de l’ambassade de Turquie en France), en face de la maison d’Honoré de Balzac située rue Raynouard.

Construit au XVIIe siècle, à Passy, l’hôtel est acheté en 1653 par Claude Chahu, conseiller du roi. Les différents propriétaires qui s’y succèdent lui ajoutent chacun leur touche personnelle, comme la salle de billard de François Berthelot, riche financier. Les plus hautes personnalités de la cour viennent visiter ce palais de campagne (Passy ne fait alors pas encore partie de Paris).

En 1784, la princesse de Lamballe acquiert la demeure, pour la modique somme de cent dix mille livres. Le « cher cœur » de la reine Marie-Antoinette souhaite en effet fuir la cour et ses intrigues, et trouve à Passy le remède à ses crises d’anxiété. Elle s’y trouve également ainsi plus proche de son beau-père, le duc de Penthièvre, avec qui elle s’adonne volontiers aux œuvres de bienfaisance. De l’hôtel, elle ne change que la décoration, et il reste à l’identique de ce qu’indiquait l’acte de vente de 1783 : « Une grande maison et ses dépendances, sise à Passy, sur la vieille rue Basse dite des Roches, consistant en un grand corps de logis, plusieurs bâtiments joignant et séparés, cour, basse-cour, maison étant dans ladite cour, réservoir, pompes pour y faire monter l’eau, tuyaux, robinets, bassin et conduite pour les eaux, grande orangerie, terrasses, avenues d’arbres, grand jardin clos de mur descendant jusque sur le grand chemin de Paris à Auteuil, le tout se tenant, statues et bassins dans ledit jardin avec jets d’eau vive ».

Finalement, l’hôtel est mis sous séquestre lors de la mort de la princesse en septembre 1792, dont le corps fut dépecé par la foule et la tête, promenée au bout d’une pique. La demeure accueille différents occupants avant de devenir en 1846 la clinique psychiatrique cinq étoiles du docteur Blanche. Celui-ci y soigne « toute l’élite de l’aliénation mentale », du poète Gérard de Nerval au stambouliote Ismaïl Bey, en passant par Juliette Grévy, sœur du futur président de la République, ou encore Charles Gounod, illustre musicien. Y sont organisés des dîners philosophiques, artistiques, ou les personnes saines et malades se mêlent. Guy de Maupassant sera l’un des derniers patients de la clinique. Il y meurt en juillet 1893, peu avant la mort du docteur Blanche lui-même.

En 1922, la propriété est rachetée par André de Limur, pilote de guerre et diplomate. Sa femme, Ethel née Crocker, est américaine, et confie la restauration du palais de Lamballe à l’architecte Jacques Gréber. Celui-ci découvre alors que la demeure est sur le point de s’écrouler. Elle est donc rasée, et reconstruite à l’identique, mais cette fois-ci en pierre de taille. La comtesse Ethel de Limur espère meubler et décorer le nouveau bâtiment tel qu’il l’était à l’origine, et dans ce but, ne ménage ni ses efforts ni son argent, se sentant moins propriétaire que « dépositaire de cette demeure chargée d’histoire ».

Pendant la Seconde Guerre Mondiale, alors que Jacques de Limur rejoint De Gaulle à Londres, c’est son frère, Jean, qui s’installe dans le château. Il y reçoit des amis acteurs, et c’est dans cette demeure que Danielle Darrieux fera la connaissance de son futur mari le dominicain Porfirio Rubirosa. À la libération, André de Limur vient retrouver son frère à l’hôtel de Lamballe, et en ouvre les portes au général Eisenhower qui y établit son quartier général.

Enfin, en 1946, la noble demeure est louée puis rachetée par la Turquie qui y installe son ambassade, grâce à l’insistance de Nevin Menemencioglu, fille du ministre des Affaires étrangères turc d’alors.

Un article sur la maison du docteur Blanche et la rue de la vieille lanterne toujours chez La dormeuse blogue

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LOCALISATION DES MAISONS

Mortefontaine 

 Maison du docteur Blanche : Hôtel de Lamballe. Paris