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Voltaire – Château de Cirey

Voltaire – Château de Cirey

 

Biographie de Voltaire.

 

 

Voltaire« Il n’y a point de mal dont il ne naisse un bien ».

 

Voltaire, de son véritable nom François Marie Arouet, est né à Paris le 21 novembre 1694. Il est le cinquième enfant et le troisième fils d’un notaire au Châtelet, puis payeur des épices de la Chambre des Comptes. Sa mère meurt en 1701.

Voltaire effectue de 1704 à 1711 de brillantes études de rhétorique et de philosophie chez les jésuites du collège Louis Le Grand. L’influence exercée par les membres de la Compagnie de Jésus sur l’esprit de Voltaire se vérifie à sa prodigieuse maîtrise de la rhétorique, à son goût de la discussion, du théâtre et de l’histoire.

Entré dans la société du Temple par l’intermédiaire de son parrain, l’abbé de Châteauneuf, il est présenté à Ninon de Lenclos, qui lui offrit la somme de deux mille livres pour qu’il puisse faire l’acquisition de la bibliothèque de ses rêves.

Son père le destinant à la magistrature, il fut, à la sortie du collège, placé chez un procureur tandis qu’il entreprenait des études de droit. Jeune clerc guère enthousiasmé par son métier « Ce qui m’a dégoûté de la profession d’avocat, c’est la profusion de choses inutiles dont on voulut charger ma cervelle. Au fait ! est ma devise. » , il ne tarda pas à faire étalage de ses brillantes dispositions littéraires, de sa grande agilité intellectuelle

En 1713, il devint secrétaire d’ambassade à La Haye, appréciant en Hollande une liberté inconnue en France, la tolérance religieuse. Mais, s’étant épris d’une jeune protestante, une idylle sincère, malgré ses aspects romanesques, il fut chassé du pays. Il reprit donc ses études de droit à Paris. Clerc de notaire chez Maître Alain, il fit la connaissance de Thériot, homme paresseux, ami du plaisir et parasite, à qui il allait vouer une amitié affectueuse et libérale qui ne se démentit jamais.

François Marie Arouet s’éprit de la comédienne Duclos, que lui ravit le comte d’Uzès. Connu, dans le Paris frivole et frondeur de la Régence, comme bel esprit et poète mondain qui prêchait le luxe et vantait la mollesse,  mais, toujours animé du désir de blesser, il s’était déjà fait, à vingt et un ans, une telle réputation de malignité qu’on lui prêta une satire contre Louis XIV, qui parut peu après la mort du roi. On lui attribua aussi de terribles épigrammes lancées contre le Régent. Dans des vers particulièrement insolents et d’une libertine désinvolture, il dénonça ses attachements incestueux.

Cela lui valut, le 5 mai 1716, d’être exilé à Tulle, exil commué, en octobre 1716, en un séjour forcé au château de Sully-sur-Loire où il s’éprit de Mademoislle de Livry. De retour à Paris, il fut, pour d’autres pamphlets qui déplurent aussi à Philippe d’Orléans, emprisonné à la Bastille du 17 mai 1717 au 11 avril 1718.

Il en profite pour terminer sa tragédie « Œdipe » et commencer le poème de « La Ligue », première version de « La Henriade ». En sortant de prison, il prend le nom de Voltaire, anagramme de son nom (AROVET Le Jeune, où le U et V, J et I se confondent à cette époque).

Le duc d’Orléans lui fait bon accueil et lui donne 1200 livres de pension. « Œdipe » est joué le 18 novembre 1718, avec un grand succès, que n’obtiendra pas « Artémise » en 1720. 

En janvier 1722, à la mort de son père, Voltaire hérita d’une belle fortune qu’il fit habilement fructifier en se livrant à diverses spéculations financières conseillées par les banquiers Pâris. La faillite de Law lui permit de décupler son capital, ce qui lui assura une rente annuelle de près de huit mille livres. Il sut toujours très bien gérer ses biens, achetant du blé en Barbarie, participant aux fournitures aux armées et au commerce colonial. Il fut ainsi le premier écrivain à ne dépendre d’aucun pouvoir, à sortir de l’âge du mécénat, à n’avoir pas à compter sur ses livres pour vivre, à disposer d’une grande liberté de manoeuvre, à pouvoir rebondir de disgrâce en exil.

Très gravement malade en novembre de cette même année (toute sa vie il souffrit de douleurs intestinales), il faillit mourir. Il allait rester d’une santé fragile : il digérait très mal, s’alimentait de panades, et était « obligé de mourir de faim pour vivre », comme il le disait lui-même.

En décembre 1725, le chevalier de Rohan s’étant, dans la loge de Mlle Lecouvreur, où était présent Voltaire, moqué de ce bourgeois « qui n’a pas même un nom », celui-ci lui répondit : « Mon nom, je le commence, et vous finissez le vôtre ! ». Trois jours plus tard, l’aristocrate le fit bâtonner par ses gens. Outré, Voltaire, qui croyait jusque-là que mérite et naissance étaient reconnus comme égales sources de considération, qui mésestimait les rapports de force entre le roturier qu’il était et son gentilhomme d’ennemi, exigea une réparation par les armes ; mais les Rohan obtinrent contre lui une lettre de cachet. Il se débattit, envoya des suppliques, des protestations indignées. Mais, lâché en cette occasion par ses amis aristocrates (pour le maréchal de Villars, « il ne s’agissait que d’un poète »), il dut se résigner, admettre la dure réalité. Il fut, le 17 avril, conduit à la Bastille et y resta jusqu’au 1er mai où on le libéra à la condition qu’il ne rechercherait pas son offenseur et qu’il se rendrait en Angleterre  pour un exil de trois ans.

Aussitôt libéré, Voltaire part à Londres, où il est accueilli par son ami Lord Bolingbroke, il y rencontre Pope, Gay et Swift, entre autres interlocuteurs prestigieux, va beaucoup au théâtre et apprécie les pièces de Shakespeare. Il découvre la philosophie de John Locke. Il est frappé du contraste économique, social, politique, scientifique, que l’Angleterre présente avec la France.

Il put admirer la liberté de pensée et le progrès intellectuel atteint en cette « île de la Raison », exacte antithèse du « royaume très chrétien » noyé dans les brumes de la métaphysique, voire de la superstition. Il s’initia à l’empirisme philosophique et fortifia son penchant à l’incrédulité. Il étudia sérieusement les idées de John Locke qui mettait en question à la fois le droit divin des rois et l’autorité de l’État.

Il apprécia le développement scientifique auquel jusqu’alors il n’avait pas encore prêté beaucoup d’attention. Il s’enthousiasma pour toutes les nouveautés de la science, de l’inoculation à la physique de Newton, pour les recherches expérimentales

Il fut impressionné par les dispositions constitutionnelles qui assurent la liberté politique : « Nous pouvons bien croire qu’une constitution qui a établi les droits de la Couronne, de l’aristocratie et du peuple, pour que chaque section y trouve sa propre sûreté, durera aussi longtemps que les institutions humaines peuvent durer », qui font que l’Angleterre est la « seule nation qui soit parvenue à limiter le pouvoir des rois ». Pour lui, il faut que la France prenne le chemin de la monarchie parlementaire, qui est celui de la modernité. Il apprécia beaucoup la liberté religieuse.

L’exil, lui ayant, comme il l’a déclaré, « appris à penser », le transforma en philosophe. L’Angleterre lui donnant l’exemple d’un pays libéral, travailleur, puissant, éclairé, il eut alors un terme de comparaison et les arguments dont il devait plus tard se servir dans sa lutte contre la philosophie cartésienne, contre l’obscurantisme, l’intolérance et le fanatisme. Il mit donc en chantier plusieurs œuvres, l’idée des « Lettres anglaises » naissant dans son esprit.

En 1729, de retour en France, il reconquiert peu à peu la société parisienne et publie plusieurs pièces, telles que « Brutus » (1730) et « Zaïre » (1732), tragédie écrite en trois semaines qui obtient un immense succès.

En 1733 commença la liaison de Voltaire, qui avait quarante ans, et de la belle Gabrielle Émilie le Tonnelier de Breteuil, marquise du Châtelet, qui en avait vingt-sept. Il eut, avec cette femme passionnée en quête de bonheur, ancienne maîtresse du duc de Richelieu, si volage qu’il eut plusieurs fois à subir ses infidélités pour ensuite lui pardonner, une relation amoureuse. Mais elle ne dura pas très longtemps, devint une relation intellectuelle et ils ne pensaient qu’à travailler selon un emploi du temps réglé. Car, très intelligente, elle était une véritable femme savante  (« Jamais femme fut plus savante qu’elle et jamais femme mérita moins qu’elle qu’on dit d’elle : “C’est une femme savante”. »), détestée par beaucoup parce que géomètre, mathématicienne, polyglotte, philosophe, qui travaillait sur Maupertuis, Leibniz et, à une époque où, en France, on ne jurait que par Descartes et Fontenelle, traduisait et faisait connaître l’oeuvre, pour elle d’une importance capitale, d’un inconnu nommé Newton. Elle permit à Voltaire de perfectionner ses connaissances en physique et de goûter le bonheur d’une amitié durable et réciproque.

En 1734, les « Lettres sur les Anglais » dites « Lettres philosophiques » provoquent un grand scandale. Le Parlement condamne l’ouvrage comme « propre à inspirer le libertinage le plus dangereux pour la religion et l’ordre de la société civile ». Le livre est condamné au pilori et au bûcher, il est brûlé au pied du grand escalier du palais. Le libraire Jore, imprimeur de l’ouvrage, est embastillé, et Voltaire, pour éviter le même sort, s’enfuit précipitamment en Lorraine. Au bout d’un mois, Voltaire revient en France avec une permission tacite. Il s’installe, non à Paris qui lui était interdit, mais en Champagne, au château de Cirey, chez Madame et Monsieur du Châtelet.

Il y restera un familier jusqu’en 1749, année de la mort de sa bienfaitrice. 

Un théâtre est installé au grenier, Voltaire écrit alors toute une série de tragédies et de comédies à un rythme soutenu . Il installe un laboratoire, fait venir des instruments, concourt pour un prix de l’Académie des sciences, en même temps que son amie : ni elle, leibnizienne, ni lui, newtonien n’eurent le prix. Il s’occupe de physique, de chimie, d’astronomie, écrit un « Essai sur la nature du feu », une « Épître sur Newton », vulgarise un « Éléments de la philosophie de Newton » en 1738.

En août 1736, Frédéric, le jeune prince de Prusse, lui écrivit en français (qu’il préférait à sa langue, disant « l’allemand est pour mon cheval »), lui faisant les plus flatteuses avances. Voltaire répondit avec finesse et une déférence profonde à ce prince philosophe, début d’une correspondance qui allait durer quarante ans. Partisan de la liberté individuelle, il discuta ardemment de cette question avec le prince qui y était opposé. Il entretenait avec son père des relations orageuses, préférait les arts à la guerre, se voulait philosophe, de langue et d’esprit français, souhaitait faire de Voltaire son confident, son guide. Mais cette correspondance exaltée où le prince donna l’image idéale d’un prince et Voltaire l’image idéale d’un homme de lettres (deux cent lettres avant la première rencontre) explique le fiasco des rencontres face à face. Le jeu était pipé de part et d’autre.

Et au milieu de cette prodigieuse activité, il lui reste du temps pour se chamailler avec toute sorte d’ennemis : avec Jean-Jacques Rousseau, d’abord son ami et maintenant son mortel ennemi, avec l’abbé Desfontaines, qu’il avait jadis arraché à la prison, et qui lançait contre lui en 1738, la sanglante Voltairomanie. Voltaire écrit contre lui « L’Envieux » .

En 1744, Marc-Pierre D’Argenson, son ancien condisciple chez les jésuites de Louis-le-Grand, devenu ministre, le rappelle à Versailles. Pendant trois ans, Voltaire va s’acquitter de diverses missions diplomatiques et s’abandonner au tourbillon de la cour. Historiographe du roi en 1745, puis gentilhomme ordinaire de la chambre, il écrit des opéras pour les fêtes royales. La même année, la nièce de Voltaire, Marie-Louise Denis, devint sa durable maîtresse et commença à jouer ce grand rôle qu’elle allait avoir dans sa vie.

En 1746, il est élu à l’Académie Française (dont les portes lui avaient été deux fois fermées) à l’unanimité, le 2 mai  en remplacement de Jean Bouhier et reçu par son ancien maître l’abbé d’Olivet le 9 mai suivant. Son discours est uniquement littéraire et il n’y fait aucune allusion aux questions qui auraient pu soulever des protestations : il a pour sujet : « Des effets de la Poésie sur le génie des langues ».


Mais, à la cour, Voltaire se fait des ennemis, dont Madame de Pompadour. Il fréquente alors à Sceaux la cour plus riante de la duchesse du Maine (petite-fille du grand Condé qui était mariée au fils aîné de Louis XIV et de Madame de Montespan). Dans « Memnon, histoire orientale » (1747), première version de « Zadig », il décrira toutes ses mésaventures de courtisan. Homme extrêmement imprudent, il est à nouveau disgracié et trouve refuge auprès du roi de Pologne, Stanislas Leszcynski (qui était alors duc de Lorraine), à Lunéville.

En 1749, très touché par la mort de Madame du Châtelet, il cède rapidement aux avances de Frédéric II, le roi de Prusse. 

Celui-ci lui demandait de venir s’installer à Berlin, demande faite depuis longtemps et avec insistance mais à laquelle s’opposait Madame du Châtelet. Le roi de Prusse voulait que celui qu’il appelait  « divin poète » devienne son professeur de français, de poétique, de rhétorique, de philosophie. Comme le roi se piquait de poésie en français, son « confrère en Apollon » avait déjà accepté d’être son correcteur littéraire (tout en se plaignant à un de ses correspondants : « Voilà le roi qui m’envoie son linge sale à blanchir »), lui signalant des erreurs mais terminant, en courtisan habile, par cet éloge : « C’est Achille qui joue de la flûte en revenant de battre les Troyens ».

Voltaire se laissa persuader, envisageant le rôle qu’il pourrait jouer auprès d’un monarque éclairé et n’étant pas insensible aux honneurs et aux émoluements que lui promettait le roi de Prusse. Il signa un traité en bonne et due forme, et partit pour la Prusse. En juillet 1750, il arriva à Potsdam, au château de Sans-Souci, imitation rococo du château de Versailles, où il fut logé, nommé chambellan de Sa Majesté, doté de vingt mille livres de pension, ses exigences financières ayant irrité le roi qui tenait cependant beaucoup à l’avoir auprès de lui, en faire l’ornement de sa cour. Cependant, à Berlin comme à Potsdam, s’il s’amusa, il travailla beaucoup, passant quelques heures à corriger les ouvrages du roi, continuant son abondante correspondance.

Ce séjour nous vaut une série de lettres fort pittoresques. Ce fut d’abord l’enthousiasme et le bonheur, Voltaire ne tarissant pas d’éloges dans ses lettres à d’Argental et à Madame Denis sur le roi philosophe, « mon patron, mon disciple et mon précurseur », sur « le Salomon du Nord », sur « les banquets de Platon ». En fait, ces propos emphatiques dissimulaient une relation complexe : tout en admirant le philosophe, Frédéric méprisait quelque peu l’homme, tandis que Voltaire attendait du monarque plus de vertus qu’il n‘en avait, mentionnant ses relations homosexuelles avec, en particulier, le Français Darget : « Il n’entrait jamais dans le palais ni femme ni prêtre. Mais les soupers étaient bien agréables ». Surtout, il voulait le convaincre de gouverner selon ses idées pour qu’il soit vraiment un « despote éclairé ». Mais le gouvernement se marie mal avec la philosophie tolérante.

Se rendant compte qu’il n’était pas aimé, à l’instigation de Madame Denis, il prit des précautions. Frédéric, qui ouvrait son courrier, comprit qu’il n’allait pas rester longtemps auprès de lui. Les relations se refroidirent. Voltaire se brouilla avec le jeune poète Baculard d’Arnaud, avec le juif Hirschell (à cause d’une spéculation sur des billets de la banque saxonne qui entraîna un procès qui dura de novembre 1750 à février 1751), avec Maupertuis qui avait été nommé par le roi à la tête de son Académie mais dont il ridiculisa les projets. Cette plaisanterie passa pour manque de respect à sa majesté le roi qui entreprenait une politique culturelle pour faire rattrapper à la Prusse son retard.

En 1751, la belle passion des débuts entre le roi et le philosophe s’était transformée en mariage de raison, Voltaire devenant las du roi. Or on lui rapporta que Frédéric aurait dit : « J’aurai besoin de lui encore un an, tout au plus ; on presse l’orange et on en jette l’écorce ». Il était donc éclairé, mais il ne pouvait partir : il aurait fallu qu’il obtînt un congé qu’on ne lui accordait pas. Et il ne savait où aller. De plus, il avait deux éditions sur les bras, celle du « Siècle de Louis XIV » et celle de ses « Œuvres » et jetait aussi les premières esquisses de son futur « Dictionnaire philosophique », ouvrage destiné par son maniement plus commode à concurrencer « l’Encyclopédie » en cours d’élaboration. Enfin, par son penchant à la raillerie, il se fit des ennemis acharnés, surtout parmi les écrivains français établis à Berlin. 

En janvier 1753, à une lettre menaçante du roi, Voltaire répondit sur un ton de soumission, se présentant comme « un vieillard accablé ». Ils eurent un « souper de Damoclès », mais Voltaire était décidé à quitter celui qu’il avait cru philosophe et qui le traitait comme un quasi-valet.

Il demanda son congé, essuya d’abord un refus du roi qui ne l’autorisa à partir qu’en mars. Le 26 mars, il quitta la cour après un semblant de réconciliation, prenant prétexte d’aller aux eaux pour regagner à lentes étapes la frontière française, en prenant son temps, en passant par des cours où on le fêta. Mais il avait emporté un livre de poèmes du roi dont il s’apprêtait à faire gorge chaude. Aussi, ripostant à son tour, Frédéric lui tendit un piège à Francfort, pourtant ville libre de l’Empire, le fit arrêter et l’humilia aux yeux de l’Europe entière, faisant fouiller ses bagages par un de ses agents qui voulait mettre la main sur « l’œuvre de poésie du roi, son maître ». Il resta emprisonné plus d’un mois tandis qu’un autodafé de ses livres était allumé dans les rues de Berlin.

Dans ses lettres, Voltaire raconta cette aventure burlesque avec une verve moqueuse où percent cependant la rancune et l’indignation. Dans une lettre à Madame Denis , il lui confia ses inquiétudes : en France, on le considérait comme Prussien, le roi ne voulait pas l’y laisser rentrer : il était « le cul entre deux rois », situation précaire et critique. La leçon de Berlin ayant porté, il voulut s’établir dans un pays libre, à l’abri de tout despotisme.

Il contribue de 1754 à 1758 à l’Encyclopédie. Il retrouve le calme hors de France mais près de la frontière, il s’installe en 1755 aux  » Délices « , aux portes de Genève. À soixante ans, Voltaire découvre la nature, la vie rustique. Avec Madame Denis il reçoit ses amis. Il va « aménager » la région, bâtir, planter, semer et développer l’élevage. Il y fait vivre un millier de personnes, se fait agriculteur, architecte, fabricant de montres et de bas de soie. Avec son sens de la formule, il résume l’entreprise : « Un repaire de 40 sauvages est devenu une petite ville opulente habitée par 1200 personnes utiles ».


En 1759, de sa brouille, célèbre, avec Rousseau, (cf la Lettre à Rousseau) , naît un petit chef-d’œuvre du conte philosophique : « Candide ou l’Optimisme ».

En 1760,  il s’établit dans un château à Ferney, ville du pays de Gex, voisine de la Suisse, ayant donc « un pied en France, l’autre en Suisse », car « un philosophe doit toujours avoir un trou pour échapper aux chiens qui courent après lui », voyant d’un côté le Jura, de l’autre le lac Léman et les Alpes. Par sa vaste correspondance (plus de 6 000 lettres de 1760 à 1778), il est en relation avec toute l’Europe : Frédéric II, Catherine de Russie, les rois de Pologne, de Suède, du Danemark. Il écrit surtout à Paris, où Thiériot (son ami de toujours) et d’Argental font jouer ses pièces, ou d’Alembert, Helvétius, Condorcet, diffusent sa prose, où Choiseul et Turgot le protègent de leur influence. En 1764, Voltaire poursuivit son œuvre de réflexion avec le « Dictionnaire philosophique ». Le choix de la forme du dictionnaire illustre bien l’ambition que les Lumières avaient d’embrasser la totalité des connaissances humaines. À l’origine le « Dictionnaire philosophique » devait être une réfutation rationaliste de l’Ancien et du Nouveau Testament, mais il fut augmenté par son auteur, qui y joignit des articles défendant les idées de progrès, de justice et de tolérance.

En 1763 paraît le « Traité sur la tolérance », dans un premier chapitre (Histoire abrégée de la mort de Jean Calas), Voltaire stigmatise le fanatisme religieux des juges de Toulouse qui avaient condamné à mort le protestant Jean Calas. Il soutient la thèse du suicide en travaillant sur le mobile du meurtre : un père peut-il tuer son fils pour l’empêcher de se convertir sans sombrer dans le fanatisme ? Or tout le monde convient que Calas n’est pas un fanatique ; d’autre part, les preuves sur lesquelles les juges se sont appuyés furent fournies par les autorités religieuses, elles-mêmes fanatiques.

Ensuite, il entreprend de montrer les avantages humains qu’offre la tolérance dans les pays où elle est en vigueur. Il entend prouver que l’intolérance, n’étant ni de droit divin ni de droit naturel, ne saurait être non plus de droit humain. La preuve en est que l’Antiquité classique l’ignorait ; quant aux Romains, s’ils ont persécuté les chrétiens, ce ne fut point pour des raisons religieuses, mais tout simplement parce qu’ils attentaient à la sécurité de l’État. Loin d’être fondée sur un principe noble, l’intolérance trouve sa source dans ce que la vie sociale offre de plus bas : le fanatisme. En effet, celui-ci ne naît que dans l’esprit des peuples élevés dans la superstition, et celle-ci « est à la religion ce que l’astrologie est à l’astronomie : la fille très folle d’une mère très sage. » À une époque où la raison envahit toute la vie sociale, l’intolérance est un non-sens tandis que la tolérance est un « apanage de la raison ». C’est le mérite de la philosophie d’avoir su dissiper les brumes du fanatisme et de l’obscurantisme, d’avoir trouvé, par-delà les divisions, le thème universel, divin, qui rassemble tous les hommes dans la recherche commune du bien. La philosophie cette soeur de la religion, a désarmé les mains que la  superstition avait si longtemps ensanglantées ; et l’esprit humain, sorti de son ivresse, est resté stupéfait des excès auxquels l’avait porté son fanatisme. La tolérance, fille de la raison, est une des exigences suprêmes de la civilisation et de la société : elle est un facteur de paix sociale, de respect et d’amour réciproques.

En 1765, il obtient la réhabilitation de Jean Calas.

En 1778, Voltaire avait cinquante millions de rente  :  » Parti de rien, je suis parvenu à vivre comme un fermier général. Et par quel art ? Parce qu’il faut être en France enclume ou marteau. « 

Madame Denis, s’ennuyant à Ferney, finit par convaincre Voltaire, alors âgé de quatre-vingt-quatre ans mais attiré par les feux de la rampe et les lumières de la ville, de quitter son canton et de revenir à Paris après vingt-huit ans d’exil. Il put constater que, considéré comme « l’homme universel » et le champion de la tolérance, il jouissait d’une immense popularité, recevant les hommages de Benjamin Franklin, de Diderot, du duc d’Orléans (le futur Louis-Philippe), de Madame Du Barry.  Le 30 mars, il reçut l’hommage de l’Académie française, et la foule le porta en triomphe à la Comédie-Française où il assista, sous les acclamations, à la sixième représentation d’« Irène”, sa dernière tragédie, et au couronnement de son buste sur la scène, à sa propre apothéose. À sa sortie, on s’accrochait à son carrosse comme s’il avait été celui d’un saint. On acclamait d’abord le chantre de Henri IV, le seul des Bourbons qui fut populaire, mais aussi le défenseur de Calas.

Mais, épuisé par ces quelques semaines fièvreuses, croulant sous cette gloire monumentale, il tomba malade et rédigea une ultime profession de foi  : « Je meurs en adorant Dieu, en aimant mes amis, en ne haïssant pas mes ennemis, et en détestant la superstition ». Il écrivit encore de courtes lettres où il se jugea : « J’ai fait un peu de bien, c’est mon meilleur ouvrage »  et où, dans son ultime billet à son médecin, Tronchin, il « demande pardon de donner tant de peine pour un cadavre », prenant congé du monde qu’il avait étonné par sa vitalité sur cette phrase pleine d’un humour assez lugubre, au soir du 30 mai 1778 : « Je m’arrêterais de mourir, s’il me venait un bon mot ou une bonne idée. » Mais il mourut, chez le marquis de Villette, sur le quai qui a conservé son nom.

Comme il n’avait pas reçu les secours de la religion, on refusa de lui accorder une sépulture chrétienne et il n’aurait eu droit qu’à la fosse commune. Grâce aux habiles duperies de son neveu, l’abbé Mignot, jeune homme qui, de nuit, emporta secrètement le corps juste avant l’arrivée d’une lettre d’interdiction de l’évêque, il fut enterré selon les règles de l’Église, à l’abbaye de Scellières, près de Romilly-sur-Seine, dans le diocèse de Troyes. En 1814, sa sépulture fut violée, mais on a pu le faire entrer au Panthéon.

Défense avait été faite à l’Académie de faire célébrer une messe de requiem. Le 26 novembre, un « Éloge de Voltaire », composé par Frédéric Il de Prusse, fut lu à l’Académie de Berlin. Son cœur fut longtemps conservé à Ferney dans une urne, au-dessous de laquelle on lisait ce vers : « Son esprit est partout et son cœur est ici. » Mais, dès sa mort, le domaine avait été vendu par l’ingrate Madame Denis. Il fut longtemps propriété privée avant d’être acquis par l’État en 1999 et géré par le Centre des monuments nationaux.

Ainsi, il avait eu, comme l’a définie Paul Valéry, une « vie qui a l’air d’un conte d’entre ses contes : il y a du vaudeville, de la féérie, les reflets de drame et des apothéoses dans son histoire. »

 

 

Le château de Cirey sa maison.

 

 

819038777_8f3299fe2dSitué en Haute-Marne à environ 250 km de Paris, le château de Cirey a été fortement marqué par la présence de Voltaire, qui y séjourna pendant 15 ans de 1734 à 1749, invité par Gabrielle Émilie de Breteuil, Marquise du Châtelet, autre brillant esprit du XVIIIème siècle. C’est en 1734 que Voltaire fuit Paris après la publication, à son insu, des Lettres Philosophiques (également appelées Lettres Anglaises), pour trouver refuge à Cirey. Ces Lettres, qui critiquent vivement les institutions françaises, sont très mal perçues du parlement qui ordonne par lettre de cachet que Voltaire soit emprisonné. Deux précédents séjours à la Bastille et un exil en Angleterre lui font préférer la fuite.


La Marquise du Châtelet, dont il a fait la connaissance à Paris une année auparavant, et avec laquelle il entretient une relation privilégiée, lui propose asile dans sa propriété de Cirey. Le château de Cirey, situé à la limite de la Lorraine alors indépendante, est un refuge idéal pour Voltaire qui peut s’enfuir à l’étranger, s’il est inquiété.

Voltaire pense rester à Cirey jusqu’à la levée de la lettre de cachet, qui l’autoriserait enfin à regagner la capitale. Lorsqu’il arrive à Cirey, il découvre un château très délabré, où le vent s’engouffre de toute part. La demeure se limite alors à l’aile droite, celle dominant le canal et dont les toits sont les plus élevés. Cette aile en brique et pierre, de style Louis XIII, a été construite par Louis Jules du Châtelet en 1643, sur les ruines d’une forteresse datant du XI ème siècle. Contre toute attente, Voltaire est séduit par les lieux, change ses plans, et décide de s’installer définitivement à Cirey en faisant de cette habitation un lieu agréable.

Avec l’accord du Marquis du Châtelet, il engage alors de grands travaux de restauration. Puis, trouvant le château trop petit pour y recevoir, il l’agrandit et entreprend la construction d’une longue galerie surmontée d’une terrasse. C’est sur la porte d’honneur de cette galerie qu’il exprime ses convictions philosophiques et son attachement aux arts et aux sciences. Ainsi apparaît sculpté dans la pierre de cette majestueuse porte, un décor marin composé de coquillages et de deux faces de Neptune, éveillé et dormant. Voltaire professe pendant quelque temps les idées évolutionnistes de Maupertuis qui pense que l’origine de la vie se trouve dans la mer. Il symbolise ainsi la vie à travers ce décor marin.

Les travaux engagés par Voltaire ont également pour but de séduire la Marquise du Châtelet. Elle tarde en effet à le rejoindre, préférant les mondanités de la capitale à la vie austère de la campagne. Mais Émilie finit par renoncer à Paris et à ses plaisirs, et retrouve Voltaire à Cirey. C’est ainsi que commencera une des plus grandes aventures intellectuelles et amoureuses du XVIIIème entre deux êtres exceptionnels. Seule la mort en 1749 de la Marquise du Châtelet mettra un terme à cette histoire et séparera à jamais Voltaire de Cirey.

Le château de Cirey, nous le connaissons tous, c’est celui qui figurait sur les billets de 50 Francs avant que Voltaire ne soit remplacé par Antoine de Saint Exupéry.

De nos jours, il se visite. Celle-ci débute par la galerie, lieu où Voltaire a monté son laboratoire de sciences expérimentales. Il faisait des expériences en physique, en chimie, et en astronomie. Il a décrit les résultats de ses cinq années d’études dans deux volumes sur les sciences. Voltaire avait l’habitude de travailler sur plusieurs projets à la fois. En plus de ses études scientifiques, il écrivait des épigrammes, des essais, des pièces de théâtre, et des oeuvres historiques, politiques,sociales, et philosophiques. Il a correspondu avec plus de 1700 personnes pendant sa vie. Voltaire et Madame du Châtelet se réunissaient pour discuter des grands livres philosophiques et scientifiques. Ils lisaient et critiquaient leurs ouvrages réciproques. Madame du Châtelet avait son propre bureau et son laboratoire. Voltaire et Émilie du Châtelet communiquaient en s’envoyant des mots personnels pendant la journée.

La chambre à coucher de Voltaire était à côté de son bureau. Aujourd’hui cette chambre sert de salon, décoré de meubles et de tapisseries du XVIIIe siècle. La petite chapelle de famille faisait partie du bâtiment original. Au temps de Voltaire, la bibliothèque contenait 21.000 livres.

La cuisine, avec sa grande cheminée, comportait d’une nouvelle invention,un monte-plat. Les repas préparés à la cuisine étaient transportés par le monte-plat pour arriver chauds à la salle à manger à l’étage supérieur. La salle à manger est restée comme elle était autrefois quand Voltaire et Madame du Châtelet recevaient leurs invités distingués. Le repas commençait à 9 h et durait plusieurs heures. Les invités parlaient de poésie, d’art, de théâtre, de sciences, et des dernières nouvelles de Paris. De grandes fêtes étaient organisées, avec des repas pouvant compter jusqu’à cent plats différents.

Voltaire a écrit plusieurs pièces de théâtre pendant son séjour au Château de Cirey. Il a créé un petit théâtre dans le grenier pour ses représentations. Voltaire, Mme de Châtelet, et leurs invités interprétaient des rôles dans les pièces. De nombreuses pièces ont été jouées à Cirey avant d’être montées à Paris. Cette pièce est d’autant plus remarquable qu’il s’agit de l’un des rares exemplaires de théâtre privé datant du XVIIIème siècle en France. Des travaux de restauration des actuels propriétaires ont permis de lui redonner sa splendeur d’antan : rideau de scène en lés de tissus cousus peint en trompe-l’oeil en couleur bleue, ainsi que les banquettes.

« Madame du Châtelet est devenue architecte et jardinière. Elle fait mettre des fenêtres où j’avais mis des portes. Elle change les escaliers en cheminées et les cheminées en escaliers. Elle fait planter des tilleuls où j’avais proposé des ormes ; et si j’avais planté un potager, elle aurait fait un parterre. De plus elle fait l’ouvrage des fées dans cette maison. Elle change des guenilles en tapisseries ; elle trouve le secret de meubler Cirey avec rien. »

Lettre de Voltaire à la Comtesse de La Neuville, en novembre 1734.

 

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Site du Château de Cirey 

Candide chez Gallica

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LOCALISATION DE LA MAISON  :

  

5 Comments

  1. Cet auteur, trop souvent considéré uniquement poir ses critiques satiriques,savait également comment bien vivre quand il écrit :

    Ce qu’il faut pour être heureux

    Il faut penser ; sans quoi l’homme devient,
    Malgré son âme, un vrai cheval de somme.
    Il faut aimer ; c’est ce qui nous soutient ;
    Sans rien aimer il est triste d’être homme.

    Il faut avoir douce société,
    Des gens savants, instruits, sans suffisance,
    Et de plaisirs grande variété,
    Sans quoi les jours sont plus longs qu’on ne pense.

    Il faut avoir un ami, qu’en tout temps,
    Pour son bonheur, on écoute, on consulte,
    Qui puisse rendre à notre âme en tumulte,
    Les maux moins vifs et les plaisirs plus grands.

    Il faut, le soir, un souper délectable
    Où l’on soit libre, où l’on goûte à propos,
    Les mets exquis, les bons vins, les bons mots
    Et sans être ivre, il faut sortir de table.

    Il faut, la nuit, tenir entre deux draps
    Le tendre objet que notre coeur adore,
    Le caresser, s’endormir dans ses bras,
    Et le matin, recommencer encore.

  2. Bonjour,

    L’intérêt que vous portez à Voltaire m’incite à vous indiquer ceci :

    Il y a deux ans une lecture attentive de sa Correspondance (treize volumes à la Pléiade) m’a conduit à publier un livre dont le contenu ne cesse de me surprendre, dans la mesure où la mise en relation de 1500 extraits environ de cette même Correspondance et des événements historiques sous-jacents ne paraît pas pouvoir laisser place au moindre doute sur le caractère délibérément faussé de l’image qui nous a été donnée de ce personnage.
    Je souhaiterais vivement que vous puissiez partager mon extrême surprise en consultant, si vous le voulez bien, la rubrique « livres » du site : http://www.cunypetitdemange.sitew.com
    Tout à la fin de cette rubrique, là où apparaît une reproduction de la couverture de « Voltaire – L’or au prix du sang », un clic sur le mot « Voltaire » (à gauche) vous permet d’accéder aux quarante premières pages du livre lui-même.
    Cette façon quelque peu abrupte de venir vers vous ne fait sans doute que rendre compte de mon propre désarroi, car, si je ne me trompe pas, un énorme travail de réinterprétation reste à faire, et non sans conséquences diverses…

    Très cordialement à vous,

    Michel J. Cuny

  3. Un grand merci pour toutes ces précisions et bravo pour votre travail.
    Je ne manquerai pas d’aller sur votre site et de lire votre extrait.
    Bien à vous.

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